A Kafka et à sa solitude…

« Le plus grand poète contemporain du mariage et de la vie de famille a sans doute été Kafka, qui ne sentait pas à la hauteur d’une telle aventure et n’en ignorait pas les charges ni les misères, mais ressentait très fortement la grandeur de cette réalité qui lui était refusée, et à laquelle lui-même, tout en l’enviant , voulait se soustraire pour échapper à tout lien et à tout pouvoir? A Kafka et à sa solitude ressemblent beaucoup de personnages de son oeuvre, les célibataires négligés et déplaisants de certains de ses récits, qui vivent en meublé et traversent leur palier mal éclairé comme les nomades parcourent le désert. Ce territoire vide, où ils se déplacent sans jamais s’en sortir, c’est aussi l’espace que Kafka aurait dû franchir pour s’éloigner de la maison paternelle, de la famille « organisme unique », de cette « informe soupe primordiale » qui le maintenaient dans les liens coupables, comme lui-même l’écrivait à Félice, la fiancée qui ne deviendrait jamais sa femme. »

in Danube / Claudio Magris. – Gallimard, 1988. – (Folio, 2162). – p. 170

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