P.r.c marche

Perec marche. D’un pas décidé. Dans la rue, une pochette, une enveloppe ou des feuilles sous le bras. Naturel devant l’objectif. Semble calme, serein malgré tout ce qu’il a déjà écrit. Où courre t-il ? Il a souvent l’air jovial sur les photographies. La légende de celle-ci nous dit qu’elle :

* date de juin 1970 ; * a été prise par Pierre Getzler ; * prés du métro « Couronnes ».

Il sourit Perec. En 1970, il a trente-quatre ans. Il pense à ceux qui sont partis. Envolés, devenus nuages. Vient de leur dédier un livre entier en subtilisant une lettre, une voyelle – la plus chantante – au langage commun.

Plus tard, il pensera aussi à tous ceux qui se sont sauvés pour rechercher la voyelle – la musicale -, pensera à ceux arrivés à Ellis Island avec des poignées de syllabes étrangères pleins les poches, pour les partager avec autochtones accueillants. Ont pu s’arrimer, parfois, à leur rêve de terre nouvelle non dévorée par la haine.

Cette haine qui revient régulièrement. Permanence de la perte de mémoire ! Sommes à la préhistoire de la pensée. Misère des systèmes politiques, des hommes et de leurs organisations, misères de nous, qui oublions, n’apprenons rien. Elisons crétins… qui nous ressemblent. Sommes comme eux. N’écoutons que peu. Ne lisons plus.

Perec marche. Souriant, au visage juvénile. Dans la vie, il écrit. Mais ses textes et ceux de ses confrères rappellent aux hommes l’erreur de perdre l’empathie, la fraternité. Tous ces textes, on ne les lit plus ou pire, on les oublie. On souffle sur bougies, on éteint Les Lumières. Mais ce n’est pas anniversaire.

Perec marche. Il regarde ce qu’il se passe dans rues, métros, maisons. Se souvient. A-t-il trouvé la paix ? A la fin, le mode d’emploi…

 

Silence

 

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 42

 

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4 réflexions sur “P.r.c marche

  1. L’ESPACE D’UNE VIE

    Avec Gorgs Prc

    Pauvre de nous Pauvre de lui

    Nous aurions tant voulu

    tordre l’espace du rêve

    du vierge et du vivace

    d’au jour d’hui et de demain

    L’espace parcouru et l’espace vécu

    L’espace du dedans L’espace poétique

    L’espace d’un instant d’éternité

    Nous aurions tant voulu

    que ses fissures et ses brûlures

    que ses ellipses et ses écarts

    soient à jamais disponibles

    comme la géométrie d’Euclide

    et des non-euclidiens

    une partition de Bach

    ou de Stockhausen…

    Mais voilà

    si l’Espace est infini

    en expansion

    le nôtre ne s’inscrit

    que dans cette carte blanche

    d’une impossible Odyssée

    Et cependant

    Ô muse , conte-moi (à nouveau) l’aventure de l’Inventif

    Qui s’ingénia à laisser de son éphémère vie

    les traces éternelles de la littérature

    * Georges Pérec (Espèces d’espaces) 1973-1974

    Au début du livre il y a un rectangle blanc (8 cmx9 cm) avec pour légende

     » Carte de l’Océan (extrait de Lewis Carroll: La chasse au snark)

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