Quelques jours après, de voir la mémoire…

Le vieil écrivain disait qu’il fallait « se débarrasser des machines« . Que finalement, seule la mémoire humaine était fiable. Pourtant, les machines pouvaient aider à faire circuler plus rapidement, partout, à tous, ce qui se cachait dans les livres. C’était sans doute une idée un peu naïve. La naïveté était une des composantes – approuvée ? – du développement des réseaux informatiques. Le vieil écrivain avait de la mémoire, une mémoire vive. Quelques jours après, toutes les feuilles de l’arbre étaient tombées. On était proche de l’hiver. Quand il avait 33 ans, le vieil écrivain avait écrit un livre sur un pays imaginaire où l’on brulait toutes les feuilles de papier. Celles qui composaient les livres. Quelques-uns seulement, avaient cachés des livres. Mais, trop dangereux encore. Alors, les avaient appris. Les hommes et les femmes du livre étaient devenus des livres. A une autre époque, on brulait aussi les gens. Aujourd’hui, on commémore beaucoup. On ne se remémore plus. Pour des histoires de terroirs, certains – et parmi ceux-ci des spécialistes de la mémoire – oublient de nouveau les chairs brûlées, et leurs pensées, et les livres qui les accompagnaient. Quelques jours après, le gingko biloba avait perdu ses feuilles et laissait découvrir son architecture de bois. Ce bois dont on faisait le papier. Maintenant, les livres changeaient de peaux. Sur des petites machines, les lire et les conserver, dans une mémoire, dite morte. Je devenais soudain sceptique. Le vieil écrivain me regardait avec un drôle d’air, souriant presque. Je continuais de clapoter sur le clavier… Ne pouvait pas lui en vouloir… il avait peut-être raison… On ne brulait plus les livres : on en imprimait des millions, insignifiants, pour cacher ceux qui comptaient vraiment. On les pilonnait tous ensuite : les bons avec les mauvais. On ne pouvait plus dire les bons ou les mauvais livres. Et les idées nauséabondes continuaient de se répandre… déversant leur fumier sur nos mémoires chancelantes. Quelques jours après, l’arbre tremblait…

Silence

Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 34

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Une réflexion sur “Quelques jours après, de voir la mémoire…

  1. LES FEUILLES DE L’OLIVIER

    porter le rêve d’un langage de rêve

    où tout concept se trouve superflu

    un langage de l’immédiat tiré à un exemplaire

    après une coupe sévère d’hiver

    les feuilles de l’olivier poussent à présent

    sur ses troncs à haute voix

    j’écris au rêve et à l’arbre dans la lumière du soir

    assis avec les enfants de Sophocle

    venus supplier confiants le glorieux roi de Thèbes

    avant que ne le saisisse la griffe du destin !

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