Cosmopolitisme du jardin

Sur la rivière, les péniches sont rares, les échanges commerciaux transitent désormais par le ciel. Les anciennes douanes sont devenues des musées. Tout devient musée. Même les écluses. De Petite France ou d’ailleurs. Objets de nostalgie. Ne me sens pas entièrement d’ici, ni de là. « Seul est mien, le pays de mon âme » disait le peintre des amoureux volant au-dessus de la Ville. Ne me sens pas entièrement d’ici ou de là. Plutôt bien partout. Les voyages n’ont aucun attrait si au bout du chemin la rencontre non vénale n’est pas possible. Peur de ceux qui prônent le lieu comme seule manière d’être avec les autres. Le seul lieu universel, cosmopolite et tolérable : le jardin. « Les jardins ouvriers, quel que soit leur mode associatif, ne relèvent pas du régime de la propriété privée. […] Chacun est chez soi dans ce qui pourtant n’est pas à lui, et cela n’a rien à voir, même s’il y a une ressemblance dans le statut, avec la simple location. Car l’appropriation que l’on voit et ressent est à la fois solitaire (chacun est maître de sa parcelle) et collective – c’est le tissu de toutes les parcelles qui forme le jardin. » Viens, je te reçois dans mon jardin qui devient le tien. « A ceux-là donc et à tous ceux qui coupent, taillent et délimitent l’existence en domaines séparés, aux parois bien étanches, il faut opposer la leçon politique du jardin. Il me semble que c’est ce que l’on comprend au bout d’une rêverie très longue, et en observant tout ce qui se distend entre le dénuement et l’abondance. »

Silence

Faire signe: journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 29

 En italique, sauf premier extrait de Chagall, des extraits de Le dépaysement : voyages en France / Jean-Christophe Bailly. – Seuil, 2011. – chapitre « Légers jardins, à peine », pp. 57-58
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Une réflexion sur “Cosmopolitisme du jardin

  1. Beau ce que vous dites ici des jardins ouvriers.

    C’est vrai qu’il y a un statut de la terre qui n’est ni location ni propriété
    bien plus subtil que tout ce qui relève du contrat.

    Dans la région où j’habitais précédemment (Lorraine)
    la tradition des jardins ouvriers est partout présente
    mais
    très souvent
    on y récupère (le cas de Metz dans la zup) des terrains dont le prix a fortement augmenté
    et propose des parcelles où il est tout à fait impossible de concevoir un jardin.

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