Faire Robinson

Les livres, c’est pour entretenir le doute. Ils ne soufflent mots. Ils sont désormais multiples : papiers, ou numériques, ou voix, ou humains aussi, conteurs. Ceux-là, on ne les met pas sur des étagères, on vient les écouter. Ceux-là, chuchotent ou crient mots. Jouent soupirs, montent des dièses, calment par bémols ou apaisent par silences. Lire les premiers mots, seul, et c’est le début d’un voyage. Ce qui compte, c’est le dépaysement. Ce qui bouge le quotidien, le lie en l’oubliant. C’est aussi réel que le réel, le temps de lecture. Il y aurait un ailleurs et l’on pourrait s’y promener. Lire, seul, reste un des rares territoires de l’intime. Il n’y a pas encore de vitesse dans cet endroit. Il ne peut pas y avoir vitesse, c’est chemins de terre, buissonnier ou de traverse. Et non, cette route où jamais ne cesse le flux des automobiles. Lire, seul, c’est faire Robinson. Et découvrir son Vendredi ; et lire, pour ou à deux ; dire, pour celui, pour celle qui vous écoute, les mots qui vous transforment, vous, puis vous transportent, tous les deux. Les livres, c’est pour entretenir le doute. On les touche. On s’approche d’eux. On est seul, à deux. Un livre, un autre souffle qui nous demande : qui es-tu ?

Silence

Faire signe: journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 16

 

Publicités

Une réflexion sur “Faire Robinson

  1. REBONDS RÉSONANCES POLYPHONIES

    Les instruments optiques offerts par l’écrivain

     » En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même.

    L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur afin de lui permettre de discerner ce que sans ce livre il n’eût peut-être pas vu de soi-même…

    L’auteur n’a pas à s’en offenser, mais au contraire à laisser sa plus grande liberté au lecteur en lui disant :

    Regardez vous même si vous voyez mieux avec ce verre-ci, avec celui-là, avec cet autre.  »

    Marcel Proust

    La brèche ouverte par la lecture d’un poème

     » Le texte poétique est le texte de la vie, travaillé par le rythme des éléments, construit, érodé par tout ce qui est; fragmentaire, plein de lacunes, laissant apparaître dans les failles des signes plus anciens.

    Trame d’ardeur et de circulation :
    Chacun peut y lire AUTRE CHOSE et aussi LA MÊME CHOSE.  »

    Lorand Gaspar (1978)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s