hisse l’émotionnel au premier plan

Bon anniversaire… J’ai acheté mon premier Matricule des Anges en avril 1993, au siècle dernier déjà… C’était le numéro 3. Ressemblait à un journal… qui se voulait revue d’informations littéraires…avait été attiré par le titre et puis le sommaire : un embryon de dossier consacré à un auteur d’aujourd’hui (François Bon)… existe toujours… une rubrique  : présenter un « petit » éditeur à chaque numéro (Le Dilettante)… existe encore… En 1993… ça coutait 18 FF… Je crois me souvenir avoir ouvert et lu :  » J’en rêvais la nuit, de cet univers de l’usine » disait FB interrogé par Thierry Guichard. Temps machine chez Verdier sortait après le livre sur l’usine (Sortie d’usine en 1982 chez Minuit)… Au début du Matricule, il y avait un concours de nouvelles mais cela n’a pas duré… et beaucoup de critiques… mais critiques n’est pas un joli mot… ces lectures du matricule ne sont pas des critiques mais plutôt des invitations, à prendre les chemins buissonniers… J’ai découvert beaucoup d’auteurs grâce à ce matricule….Neiges d’antan de Grégor von Rezzori… « le souvenir est loin d’être absolument fiable, il sélectionne arbitrairement ce qu’il veut conserver, il écarte ce qui lui déplaît, hisse l’émotionnel au premier plan, il transfigure et détruit.« 

Et le temps a passé… les découvertes et les pages, les mots… le journal revue est devenu un mensuel de la littérature contemporaine… et l’étagère s’arrondit dangereusement…

Aujourd’hui, septembre 2011, le numéro 126… demain ouvre le réseau de bibliothèques sur lequel je travaille depuis maintenant plus de deux ans, je n’arrive pas à dormir, je n’arrive pas à lire, exténué, fatigué et excité… En 2007, je découvrais cet écrivain américain du Montana qui me donnait envie d’ouvrir un blog à son nom… et puis, comme les choses avancent parfois seules, sans que l’on s’en occupe, le rencontrerait vraiment, en vrai, en chair et en os, dans mon ancienne ville olympique des Alpes, bientôt, bientôt… Un bonheur ne vient jamais seul… Mais tout cela n’est pas de la littérature répétait le slogan d’une mythique émission qui a disparue… reste le Matricule et un éditorial, ce mois, que je recopie presque entièrement, car il dit la permanence du désir de partage et une certaine exigence de parler des livres :

« On avait maudit le ciel et ses nuages et puis on avait parlé de revenir aux fondamentaux. Les fondamentaux, c’est quelque chose qui dit à la fois l’âme du sport et l’humilité avec laquelle il faut l’aborder. On ignore donc, puisque la coupe du monde n’a pas commencé, si nos Bleus auront cette humilité-là.

La création du Matricule des Anges, il y a (fichtre !) dix-neuf ans, obéissait aussi à ce désir d’un retour aux fondamentaux : revenir aux principes de base du journalisme appliqué à la critique littéraire. Dire ce qu’on a lu, le décrire, le mettre en perspective, traquer le fait littéraire comme d’autres traquent l’événement. Ca nous paraissait indispensable pour deux raisons. La première : la littérature, parce qu’elle produit du sens, parce qu’elle offre des expériences de vie et ouvre au monde, nous est nécessaire pour vivre (et non seulement exister, consommer). La deuxième : l’abandon des fondamentaux du journalisme littéraire constaté quasiment dans tous les médias conduisait à une confusion (euphémisme). Etaient déclarés littéraires des ouvrages d’une ineptie insondable. Et confondus livres et littérature, comme si une bouteille de vin (au hasard, un Zélige-Caravent) était comparable à une bouteille d’huile de vidange. Le commerce, la publicité, la bêtise, la médiocrité, la prétention avaient pris les commandes du jeu : on faisait des chisteras sous des trombes d’eau, habillés de costumes à paillettes avec des joueurs d’opérette plus à l’aise sur les plateaux de télé que sur le terrain. En gros, on tuait la littérature au profit du spectacle et d’un cénacle de cyniques qui avaient découvert qu’il était plus facile de tromper son monde que courir après le talent et le génie qu’aucun d’eux ne possédait. C’était : « fais mon éloge aujourd’hui, et demain, quand ton livre paraîtra, je ferai le tien », c’était « donne-moi ton prix littéraire, je te donnerai le mien« . Pas étonnant que les lecteurs nouveaux se détournaient de la littérature nouvelle.

Dix-neuf ans après, force est de constater que nous n’avons rien changé à ce monde là. Il convient donc de conserver à l’esprit cette humilité des débuts. » (Thierry Guichard, éditorial au numéro 126, extraits)

 

On est d’accord… Longue vie à toi, Matricule… et vivement un regard sur le monde qui est en train de… s’écrire… en numérique… parce qu’une partie de la littérature contemporaine est aujourd’hui …ou … ou encore… où l’on retrouve celui dont on parlait au début… Hasard ?

Silence

 

 

 

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