Fragment 2 : toujours penser nomade…

Assis sur cette terrasse, Sègre écrivait : «…dedans, c’est dedans son corps, en apesanteur, une fraction de seconde que je ressentis la vanité de l’existence.  Jusqu’à présent, je faisais semblant. Ou plutôt, je n’avais pas vraiment commencé ma vie. J’avais cette impression, j’ai toujours eu cette impression qui ne me quitte guère : ne pas avoir commençé… ne pas avoir de projet… un horizon… tout pouvait se produire à tout moment… étais habitué à penser ainsi… toujours penser nomade… Du moment où l’on se dit : voilà, à partir d’aujourd’hui, je commence à faire ce pourquoi je suis destiné… Et, à l’instant où je pensais cela, j’étais dedans son corps, et le concept de destinée et toutes ses occurrences, simplismes des hauteurs, m’apparaissaient vains. Le corps de Miléna, mon myosotis, était mon Eden, mon jardin des délices. Je m’aggripais à son tronc, attrapais les lianes de ses cheveux, me balançais autour de ses fruits délicieusement offerts. Je n’écoutais plus les idéologies qui m’empêchaient d’être. Je devenais, à mon tour, son Yo-Yo. Bilboquet élastique, pendu à un fil. Nous jouissions, elle plus que moi, mais c’était prévu : la grande injustice. »

[Sibérie : le souffle / silence]

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