Echos en Duo : lecture non linéaire que celle des corps des deux amants…

« A la différence de la lecture des pages écrites, la lecture que  les amants font de leur corps (de ce concentré d’esprit et de corps dont les amants font usage pour aller au lit ensemble) n’est pas linéaire. Elle commence à un endroit quelconque, saute, se répète, revient en arrière, insiste, se ramifie en message simultanés et divergents, converge de nouveau, affronte des moments d’ennui, tourne la page, retrouve le fil, se perd. On peut y reconnaître une direction, un parcours orienté dans la mesure où elle tend à un climax, et ménage en vue de cette fin des phrases ryhtmiques, des scansions métriques, des récurrences de motifs. Mais le climax est-il véritablement son but ? La course vers la fin n’est-elle pas plutôt contrariée par une autre tendance qui s’efforce, à contre-courant, de regarder les instants, de récupérer du temps ?

Si l’on voulait représenter graphiquement l’ensemble, chaque épisode, avec son point culminant, exigerait un modèle à trois dimensions, peut-être même à quatre – il n’y a pas de modèle ; aucune expérience n’est répétable. Ce par où l’étreinte et la lecture se ressemblent le plus, c’est ceci : en elles, s’ouvrent des espaces et des temps différents de l’espace et du temps mesurables. »

[Si par une nuit d’hiver un voyageur / Italo Calvino. – Editions du Seuil, 1981. – (Points). – p.167]

« Mais comment savoir avant l’expérience ? Il ne faut donc rien rejeter. Les yeux, les gestes, tout est trompeur et surtout la beauté. Une femme n’est pas belle, elle le devient à force d’être aimée, et ne le sera pleinement qu’en la mesure où elle prend part au festin. Ce n’est pas une page de confession que je vous envoie, mon amie, mais vous comprenez cependant qu’en ces choses on ne peut parler que d’après sa propre expérience et d’après ses propres tendances. Il faut de grandes précautions pour affirmer que les modes d’un acte aussi secret que l’amour sont ou ne sont pas selon la vérité universelle. Je vous dirai, d’ailleurs, que la seule vérité que je reconnaisse, c’est la mienne. Il n’y a pas de science de l’amour ; il n’y a qu’une série de faits particuliers qui ne se rejoignent que par ce qu’ils ont de plus général et de plus banal. Par conséquent, il n’y a pas non plus de science de l’homme, ni de science de la femme. On est là dans l’inconnu et dans l’illusion. Même, on erre quand on veut s’analyser soi-même… »

[Lettres à l’Amazone / Remy de Gourmont. – Mercure de France, 1922. – p. 167]

Echos en duo… hasard des lectures du soir… à la page 167…

Silence

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