En lisant en écoutant : « envie de me nicher dans un nuage… »

Les livres que l’on aime vraiment, on a un peu de mal à en parler… on préfère évoquer quelques images… quelques passages et puis citer les nuages et les musiques qui accompagnent la lecture. J’ai toujours écouté de la musique en lisant, en travaillant, en vivant. En permanence. Je n’imagine pas ma vie sans musique. Elle est là, toujours présente, quand ca va, quand ca ne va pas… Une sorte de catalyseur de vie, la musique. Une fleur. Un petit oiseau. Mieux que n’importe quel remède. Dans l’histoire que j’ai lu aujourd’hui, je retrouve des lieux que j’ai fréquenté, des musiques qui ont tourné en boucle sur l’appareil musical du moment… et puis dans ce livre, il y a aussi un autre fil qui me touche mais que je vais garder pour moi parce que c’est trop… et qui m’émeut. Il m’est impossible de parler des livres en étant objectif. Les livres que l’on aime vraiment, on a un peu de mal à en parler alors je vais laisser la place aux mots de Christophe avec qui nous avions partagé, il y a peu de temps, un vase communicant… empli de nuages… Mais,

1 – Lisez :

« Soudain j’en ai assez d’aller et venir. Il commence à faire très chaud, j’accumule kilomètres, traversées et rendez-vous depuis quatre jours, je manque cruellement de sommeil et je suis très tendu. Pas simple cette nouvelle vie où il faut courir dans tous les sens et souvent pour trois fois rien. Envie de m’arrêter, de me rouler dans l’herbe à l’ombre d’un arbre, au milieu des passants, des enfants qui courent, des mères aux aguets sur les bancs, protégé du trafic. Je parviens à m’offrir ça sans culpabiliser. Il me faut trouver un sens à ma présence dans cette ville en dehors de toute contrainte professionnelle, exister, moi et mon corps et mon anonymat, dans ce territoire-là, habité, fréquenté, dans ce fragment d’échiquier, ce bout d’écorce terrestre, pousser le désir jusqu’à interroger cet arbre et lui dire, Oui je suis couché sur l’une de tes racines, tu me protèges du soleil et moi que puis-je faire pour toi ? Je t’accompagne un temps, je te regarde et je pense à toi. Je te couche sur ce vieux cousin qui me sert de carnet. Je te salue, toi qui t’ébroues, qui me fais un signe quand le vent se glisse entre tes feuilles. Je te regarde et je te salue : je suis celui qui n’a pas de nom pour toi, celui qui n’a guère d’ombre pour toi, qui se protège dans la tienne. Je suis celui que la foule ne traverse plus parce que je suis sorti du chemin. Non pas que je veuille m’isoler ou l’ignorer mais parce que j’ai ressenti ce besoin : faire cet écart-là, ce pas de côté. Et maintenant je veux vraiment regarder comment c’est des gens qui se croisent, comment on s’observe et se méfie, à quoi ressemble ce territoire, le bruit de nos pas, de nos chaussures, de la ville, les cris qui surgissent d’un corps qu’on n’a pas encore vu, la fureur du déplacement, sa langueur ou son refus et les gorges des pigeons domestiques qui se gonflent. »

« À quel endroit me suis-je perdu ? Refaire les gestes : se souvenir de la Sirène, du coup de fil, de la clope, d’être remonté dans la voiture, d’avoir sorti le dernier album de Gianmaria Testa qui aurait dû être rempli d’images belles et enivrantes. Supposer que cette musique m’a fait oublier où j’étais, où j’allais, ce que je foutais là. Oui, c’est ça, j’ai dû commencer à repenser à mes origines, à l’Italie du Nord (les couleurs des champs sans doute) et à la Toscane où je voulais aller. En fait je ne sais pas. Je revois très bien maintenant les Charolaises dans les champs et me souviens d’une question : sont-elles des quelconques cousines de celle qui a fini sa course dans une cocote et, en partie, dans mon assiette ? Donc, Gianmaria chantait, je sifflais sans doute et devais penser à la vie pleine de bruit et d’enfants, aux projets à peaufiner, aux points d’interrogation dans l’âme et le corps, aux points de suspension qu’on finit trop souvent par aligner là où ça nous arrange…. Et alors ? Que s’est-il passé ? Rien de tout ça n’est vraiment éclairant et ne me dit ce que je foutais là à tourner en rond autour de Montbart.

Je ne sais plus si je suis encore en vie. »

« Metz-Nancy par l’autoroute. Encore une fois, mettre la bande originale du film De battre mon cœur s’est arrêté. Sentir les basses, les graves, tout ce qui vient cogner, tout ce qui peut vibrer, tout ce qui me fait pénétrer rythme, tempo. Je suis à nouveau très speed. Puis je repense au film, au personnage qui passe sans cesse d’un état à un autre. Des voix. Puis du piano. Mais rien n’est apaisé. Le décalage est créé. Je me souviens de ça, de ses fantômes, son expérience de la mort, le deuil, la musique mêlée à la mort, l’absente, sa mère, la présence des mains, ce lent chemin vers l’acceptation de soi, vers l’amour aussi et cet effort pour quitter la peau du passé, pour aller du dedans vers le dehors, et à la fin, se sortir de soi quand le père meurt. »

« Après avoir été agressé dès mon arrivée je me rends aux toilettes. Devant le miroir je me souhaite une nouvelle fois la bienvenue dans le désastreux monde du travail et me tiens les cervicales. Je pressens que je n’arriverai pas à m’y faire. Je n’en peux déjà plus de la fourberie de ceux qui habitent ce monde-là, leur manque d’ouverture, leur étroitesse d’esprit, leur cupidité, leurs petites lâchetés quotidiennes. Je cherche comment m’éloigner d’eux. Je pense à la fugue, à la disparition. Je m’accroupis et respire profondément en fermant les yeux. En moi résonnent des éclats de rires qui ressemblent à des blagues de mauvais goût ou à des vomissures. Des rires expulsés d’un corps sans langue belle me tétanisent et me dégoûtent. Bienvenue dans la famille, je dis à l’autre dans le miroir, celle des petites natures mortes au travail et des maladies journalières, scléroses, oreillons et méningites. »

« Par la lucarne je peux regarder le ciel, l’enclos des nuages. « 

« Respire. »

« Je suis un corps-éponge. Des centaines de phrases se cognent dedans, des foules de mots. Bousculades, amorces de dialogues, voix sourdes. Je ne suis plus un corps-montgolfière. Je me saoule de ces quelques phrases prononcées sans respirer ; je suis asphyxié par les nombreuses autres qui ne parviennent pas à sortir. Je redeviens mélancolique, entre dépassement de soi et quête du refuge, entre désir de s’abandonner et peur de l’abandon, tout ce qui est le plus souvent sur le bout de la langue.

Soudain on m’annonce que je vais bientôt reprendre la route. C’est un soulagement.

Va-t’en, va-t’en.

Je suis en train de préparer mon évaporation »

2 – Ecoutez :

Death in Vegas, The Contino Sessions. Dont Dirge en boucle / Fight for your mind de Ben Harper / le Cantique des cantiques, suave, troublant, sensuel – Alain Bashung et Chloé Mons / Stephan Eicher / Serge Reggiani chante Apollinaire /Brigitte Fontaine et son Kekeland /Envie de Noir Désir / « Revenir à ses moutons, ses nuages, ses solitaires. » / France Musique : tenter de se calmer/ Theo Hakola et ses compagnons de route /Cantique des Cantiques puis Fantaisie militaire de Bashung / Ben Harper et Miossec /La musique : une compilation – chansons tendres, glamour / Gianmaria Testa /Asian Dub Fondation / la bande originale du film De battre mon cœur s’est arrêté / Encore de la soul, du funk, du rap./ un live de Kat Onoma et la voix de Rodolphe Burger /Fantaisie militaire de Bashung / Dominique A. Le métier de faussaire / Ella Fitzgerald / Je décide d’écouter le concert de Manu Chao et Radio Bemba./ Le disque de Kat Onoma de nuit, la grâce./ un essai de Pierre Pachet / Autoroute avec Ben Harper et une compile de rap. Pour rester dans le vent ? Pour me redonner de l’énergie aussi. / Ein Deutsches Requiem de Brahms / À l’arrivée les musiques que j’écoute sont calmes / Nina Simone, Sinnerman / En redescendant, j’achète trois CD : Nina Simone, Billie Holiday et un disque d’électro./ si rien ne bouge –  le ciel devient rouge / ce DVD mais il tombe à pic celui-là. À peine installé dans le train je laisse défiler une heure et demi de concert (Evry, 2002). Premiers accords électriques si rien ne bouge / le ciel devient rouge et le sang coule du pouce du chanteur, écorché / Juste se contenter des paysages qui défilent à toute vitesse, de la lumière jaune paille, des nuages à peine sortis de la lampe. Se couper des autres en écoutant une musique pleine de basses pour mieux les retrouver dans l’espace de l’anamnèse et sur l’écran de l’ordinateur portable / prendre un bain en écoutant Billie Holiday / écouter Nina Simone plutôt que de retourner à la caserne / Je passe la frontière en compagnie de Thalia Zedek (Dance me to the end of love), version aussi sensuelle que l’originale (Léonard Cohen), ballade country légèrement déjantée / Plus tard je quitte PJ Harvey A place called home , Rachid Taha, Passi, Guru’s Jazzmatazz, JJ 72 ou encore Goldfrapp pour écouter les infos. Je change cent fois de station / dans la tête des musiques qui se confondent, celles écoutées aujourd’hui, Léo Ferré, John Dowland chanté par Alfred Deller et de l’électro / Tout sera nettoyé dans ce resto grâce à Chérie FM. De grâce / Traversée de la Somme en compagnie de Léo Ferré puis de Tostaky (Marlène, deux fois) / Du jazz ensuite sur France Musique / puis, sur France Musique, du jazz avec Alain Gerber /en compagnie d’Alfred Deller qui chante John Dowland Flow my tears puis Bashung. F. s’endort puis se réveille, la musique est trop forte. Les nuages jouent à saute-mouton, la Bretagne est derrière la haie / avec Titi Robin, les infos, Le jazz est un roman avec Alain Gerber et les couleurs d’un coucher de soleil dans le rétroviseur puis la nuit / Encore Gerber sur France Musique tandis que le soleil se couche.

Dance me to the end of love

 

(Va-t’en va-t’en c’est mieux pour tout le monde : dérives et virées, autoroutes / Christophe Grossi. – Publie.net, 2011). Ce livre est le n° 494 de la maison d’édition numérique Publie.net… A vous de lire, c’est ici.

Silence

Advertisements

Une réflexion sur “En lisant en écoutant : « envie de me nicher dans un nuage… »

  1. merci F je n’avais pas encore lu le livre de Christophe Grossi , et je n’avais pas accroché au départ , tu as donc fait ton boulot de bibliothécaire !!! merci !
    L

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s