un autre fil d’Ariane

 » Il apparaît possible que le parcours humain ait un fil conducteur.

Ses chroniqueurs officiels – les historiens – refusent catégoriquement d’envisager que l’empathie puisse être sa force motrice. La plupart du temps, ils étudient les conflits sociaux et les guerres, les héros et les criminels, les perçées technologiques et les manoeuvres politiques, les inégalités économiques et les injustices sociales. S’ils touchent à la philosophie, c’est presque toujours à propos du pouvoir. Il est rare que nous les entendions évoquer l’autre face de l’expérience humaine : notre nature profondément sociale, l’élargissement progressif des sentiments affectueux et leur influence sur la culture et sur la société.

Les époques de bonheur, écrit Hégel, sont les pages blanches de l’histoire parce que ce sont des périodes de concorde. Les gens heureux passent généralement leur existence dans un micromonde fait d’intimes relations avec des familiers et d’appartenance à des groupes sociaux étendus.

L’histoire, elle, est fait la plupart du temps par les mécontents et les furieux, les excédés et les rebelles – par ceux qui aspirent à exercer l’autorité, à exploiter les autres, et par leurs victimes, intérésées quant à elles à obtenir réparation et à rétablir la justice. Dans ces conditions, l’histoire qui s’écrit a pour grand sujet la pathologie du pouvoir.

Est-ce pour cela que nous nous faisons une si sombre idée de la nature humaine ? Peut-être. Notre mémoire collective est structurée par des crises et des catastrophes, d’abominables injustices et d’effroyables violences que nous nous sommes infligés entre nous, ou que nous avons fait subir aux autres vivants. Mais si les lignes de force de l’expérience humaine étaient celles-là, notre espèce aurait disparu depuis longtemps.

Pourquoi en sommes-nous venus à cette sinistre vision de la vie . On le voit bien : les récits de malheurs et de crimes nous surprennent. Inattendus, ils nous effraient et nous captivent. Parce que ce type d’événements est l’exception, pas la règle. Mais ces faits sont intéressants à rapporter, et deviennent ainsi la matière première de l’histoire.

Au quotidien, le monde est tout à fait différent. La vie telle qu’on la vit près de chez soi est certes saupoudrée de souffrances, de stress, d’injustices et mêmes de coups bas, mais elle est faite pour l’essentiel de centaines de petits actes de gentillesse et de générosité. La compassion et le réconfort mutuels créent la bienveillance, tissent le lien social et réchauffent le coeur. Une grande partie de nos interactions quotidiennes avec nos compagnons d’humanité sont empathiques, parce que c’est notre vraie nature. C’est par l’empathie que nous créons la vie sociale et faisons progresser la civilisation. L’évolution extraordinaire de la conscience empathique est la quintessence de l’histoire de l’humanité, bien que les historiens ne lui aient pas accordé l’attention sérieuse qu’elle mérite. « 

(Une nouvelle conscience pour un monde en crise : vers une civilisation de l’empathie / Jeremy Rifkin. – Les liens qui libèrent, 2011).

C’est si souvent répété que l’on finit par en être persuadé : les gens heureux n’ont pas d’histoire. Changeons notre regard…  » J’aime mieux ce qui me touche que ce qui me surprend « …

Silence

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