Au printemps, c’est l’aurore

 » Au printemps, c’est l’aurore que je préfère. La cime des monts devient peu à peu distincte et s’éclaire faiblement. Des nuages violacés s’allongent en mince traînées. En été, c’est la nuit. J’admire, naturellement, le clair de lune ; mais j’aime aussi l’obscurité où volent en se croisant les lucioles. Même s’il pleut, la nuit d’été me charme. En automne, c’est le soir. Le soleil couchant darde ses brillants rayons et s’approche de la crête des montagnes. Alors les corbeaux s’en vont dormir, et en les voyant passer, par trois, par quatre, par deux, on se sent délicieusement triste. Et quand les longues files d’oies sauvages paraissent toutes petites ! c’est encore plus joli. Puis, après le soleil a disparu, le bruit du vent et la musique des insectes ont une mélancolie qui me ravit. En hiver, j’aime le matin, de très bonne heure. Il n’est pas besoin de dire le charme de la neige ; mais je goûte également l’extrême pureté de la gelée blanche, ou, tout simplement, un très grand froid ; bien vite, on allume le feu, on apporte le charbon de bois incandescent ; voilà qui convient à la saison. Cependant, à l’approche de midi, le froid se relâche, il est déplaisant que le feu des brasiers carrés ou ronds se couvre de cendres blanches « 

( Notes de chevet / Sei Shönagon. – Gallimard ; Unesco, 1966)

 » Les Notes de chevet sont constituées d’images, poèmes, souvenirs, réflexions et listes de choses, venus à l’esprit de Sei Shônagon, dame d’honneur de la cour impériale du Japon, aux alentours de l’an 1000. Elles appartiennent au genre littéraire du sôshi, formé d’écrits intimes épars, émergés au courant du pinceau et échus au gré des associations de leur auteur. Elles n’appellent pas forcément de lecture linéaire, à la manière d’un recueil de poésies. Vivier de formes, elles reflètent un monde, qu’aucune reconstitution historique ne saurait restituer. Elles interrogent avant tout dans leur éparpillement et leur diversité, la perception sensible du monde propre à chaque individu, à travers les espaces-temps de l’écriture et de la lecture.

Leurs multiples facettes forment un langage singulier résultant des voix intérieures de Sei Shônagon, dont l’écho demeure perceptible à travers le silence des siècles. À la perception de l’instant et du temps présent, se superpose le rapport à la mémoire et au passé : mille ans et un continent nous séparent de la rédaction des Notes de chevet.

Quelle peut être la réception d’un texte si ancien pour nos êtres occidentaux contemporains ?  » (Voir)

Silence

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