lamentation ou enthousiasme candide ?

 » Cependant, si nous autorisons la commercialisation des fonds de nos bibliothèques, nous ne pourrons éviter une contradiction fondamentale. Numériser les collections et les vendre en ligne sans se soucier de garantir un libre accès à tous reviendrait à répéter l’erreur qui fut commise lorsque les éditeurs s’emparèrent du marché des revues scientifiques, mais à une échelle bien plus grande puisque cela ferait d’Internet un instrument de privatisation d’un savoir qui appartient à la sphère publique. Nulle main invisible ne viendrait alors corriger le déséquilibre entre intérêt général et intérêt privé. Seul le public peut faire cela, mais qui le représente ? « 

 » On ne peut légiférer sur les Lumières, mais on peut fixer des règles du jeu pour protéger l’intérêt général que les bibliothèques représentent. Ce ne sont pas des entreprises, même si elles doivent amortir leurs coûts et avoir un plan de développement. Ce qui se passe n’est pas sans rappeler la devise de la compagnie d’électricité Con Edison à l’époque où elle défonçait les rues de New York pour installer ses réseaux :  » Creuser nous devons.  » Les bibliothèques affirment, elles :  » Numériser nous devons.  » Mais pas à n’importe quelle condition. Elles doivent le faire dans l’intérêt du public, c’est-à-dire en imposant aux entreprises qui numérisent leurs fonds des devoirs envers les citoyens.

Il serait naïf d’identifier la Toile aux Lumières. « 

et plus loin,

 » Nous devons nous impliquer, entrer dans le jeu et reconquérir les droits légitimes du public. Quand je dis nous, je veux dire Nous, le peuple, nous qui avons écrit la Constitution et qui devrions faire que les principes des Lumières régissent la réalité quotidienne de la société de l’information. Certes, nous devons numériser, mais surtout démocratiser en assurant un libre accès à notre héritage culturel. Comment ? En réécrivant les règles du jeu, en subordonnant les intérêts privés au bien publlic et en nous inspirant des premiers républicains pour instaurer une République numérique du savoir.  »

(Apologie du livre : demain, aujourd’hui, hier / Robert Darnton. – Gallimard, 2011)

Robert Darnton est le directeur de la Bibliothèque universitaire d’Harvard. Il serait bien que ce livre tombe sous vos yeux… quand les évidences ne sont plus des certitudes… après l’avoir lu…

Silence

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