n’est pas un signe ?

 » La photographie est inclassable parce qu’il n’y a aucune raison de marquer telle ou telle de ses occurrences ; elle voudrait bien, peut-être, se faire aussi grosse, aussi sûre, aussi noble qu’un signe, ce qui lui permettrait d’accéder à la dignité d’une langue ; mais pour qu’il y ait signe, il faut qu’il y ait marque ; privées d’un principe de marquage, les photos dont des signes qui ne prennent pas bien, qui tournent, comme du lait. Quoi qu’elle donne à voir et quelle que soit sa manière, une photo est toujours invisible : ce n’est pas elle qu’on voit.

Bref, le référent adhère. Et cette adhérence singulière fait qu’il y a une très grande difficulté à accommoder sur la Photographie. Les livres qui en traitent, beaucoup moins nombreux au reste que pour un autre art, sont victimes de cette difficulté. Les uns sont techniques ; pour  » voir  » le signifiant photographique, ils sont obligés d’accommoder de très près. Les autres sont historiques ou sociologiques ; pour observer le phénomène global de la Photographie, ceux-là sont obligés d’accommoder de très loin. Je constatais avec agacement qu’aucun ne me parlait justement des photos qui m’intéressent, celles qui me donnent plaisir ou émotion. Qu’avais-je à faire des règles de composition du paysage photographique, ou, à l’autre bout, de la Photographie comme rite familial ? Chaque fois que je lisais quelque chose sur la Photographie, je pensais à telle photo aimée, et cela me mettait en colère. Car moi, je ne voyais que le référent, l’objet désiré, le corps chéri ; mais une voix importune (la voix de la science) me disait alors d’un ton sévère :  » Reviens à la Photographie. Ce que tu vois là et qui te fait souffrir rentre dans la catégorie  » photographies d’amateurs «  », dont a traité une équipe de sociologues : rien d’autre que la trace d’un protocole social d’intégration, destiné à renflouer la Famille, etc.  » Je  persistais cependant ; une autre voix, la plus forte, me poussait à nier le commentaire sociologique ; face à certaines photos, je me voulais sauvage, sans culture. J’allais ainsi, n’osant réduire les photos innombrables du monde, non plus qu’étendre quelques-unes des miennes à toute la Photographie : bref, je me trouvais dans une impasse et, si je puis dire,  » scientifiquement  » seul et démuni. »

(La chambre claire : note sur la photographie / Roland Barthes. – Cahiers du cinéma, Gallimard, Seuil, 1980)

Ne comprend pas bien encore pourquoi Roland Barthes considère que la photographie n’est pas un signe ? La suite de la lecture le dira… Intuition : au moment d’écrire sur les photographies d’une photographe, je me dis qu’il ne faut pas écrire sur la Photographie mais bien avec les photographies… A suivre… Après Roche et Barthes, mon chemin de lectures se poursuivra avec les écrits de Walter Benjamin… 

Silence

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