Couleurs des nuits

 » Les nuits si longues, si belles, pures, sans insectes, sans rosée, avec seulement le bruit du vent qui arrive en longues lames, faisant murmurer les feuilles aiguës des vacoas.

Les nuits profondes, infinies. Ce sont elles qu’il a dû aimer aussi, quand elles venaient d’un coup sur l’île, assombrissant la mer, après que le disque du soleil avait plongé de l’autre côté des collines, à l’ouest. Comme elles étaient plus profondes ici, plus dures aussi, comparées à la douceur un peu mélancolique des couchers de soleil à Rose Hill. Ici, pas de traînées de nuages, ni de brumes hésitantes, pas de ces couleurs qui s’estompent : la mer pâle et dure, le ciel qui s’embrase brièvement, rouge de braise, et le disque d’or qui s’anéantit derrière l’horizon des montagnes, dans la mer, comme un bateau qui sombre. Puis, la nuit qui annihile tout, la nuit, comme sur la mer. Alors, les myriades d’étoiles, fixes, claires, et le nuage pâle de la galaxie. Enfin, la lune qui se lève tard, au-dessus des collines, et qui monte, blanche, éblouissante. « 

(Voyage à Rodrigues / J.M.G. Le Clézio. – Gallimard, 1986)

Le Clézio sur l’île Rodrigues en plein Océan Indien à la recherche de traces de son grand-père, celui du chercheur d’or. A découvrir.

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