Le papier se débattait désespérément…

 

 » Mon cousin Didi est donc arrivé un soir d’hiver et s’est mis, selon son habitude, à deviser. Accroupi près d’un de mes frères, il a présenté ses mains aux foyers, les a frottées, se mettant en accord avec la flamme et se laissant peu à peu pénétrer de bien-être. Enfin, extrayant de sa poche un billet de banque, par-dessus le brasier, il l’a tendu à ma tante qui lui faisait face :

– Tiens, de quoi t’acheter une robe !

Elle a hoché la tête en signe de refus :

– Je te remercie Didi, mais je n’ai pas besoin de robe, j’en ai déjà deux !

– Prends quand même.

– Non, quand j’en aurai besoin, je te demanderai.

Tel un félin sur une antilope, éclairant un peu plus les visages qu’il illuminait, le feu s’est brusquement jeté sur le billet que mon cousin avait lâché. Déjà racorni, le papier se débattait désespérément, noir, constellé d’étoiles. Les flammes se sont amusées de son inconsistance bien qu’il représentât des jours de travail. « 

 

(Du Sahara aux Cévennes : itinéraire d’un homme au service de la Terre-Mère / Pierre Rabhi. – Albin Michel, 2002. (Collection espaces libres))

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