La vie est continue et notre perception est discontinue

 » Il est impossible de parler de Proust profondément en le détachant des courants philosophiques qui lui étaient contemporains, en taisant la philosophie de Bergson, son contemporain, qui avait joué un grand rôle dans son développement intellectuel. Proust fréquentait les cours de Bergson, qui jouissaient entre les années 1890-1900 d’une énorme vogue et, à ce dont je me souviens, Proust connaissait Bergson personnellement. Le titre même de l’oeuvre de Proust nous indique qu’il était hanté par le problème du temps. C’est le temps qu’étudiait Bergson du point de vue philosophique. J’ai lu maintes études concernant le problème du temps dans l’oeuvre de Proust. A franchement parler, je ne me souviens que de l’insistante affirmation à quel point dans ce domaine là justement l’oeuvre était capitale. Et encore la thèse principale de la philosophie de Bergson doit être rappelée ici. Bergson affirmait que la vie est continue et notre perception est discontinue. Notre intelligence, par suite, ne peut se former une idée de la vie qui lui soit adéquate. Ce n’est pas l’intelligence, mais l’intuition qui est plus adéquate à la vie (l’intuition chez les hommes correspond à l’instinct chez les animaux). Proust essaie de vaincre la discontinuité de la perception par la mémoire involontaire, par l’intuition de créer une forme nouvelle et une vision nouvelle qui nous donnent l’impression de la continuité de la vie. Nous appelons aujourd’hui tous les romans immenses, plus ou moins influencés par la forme de Proust, des romans-fleuves. Mais aucun de ces romans ne répond à cette dénomination à ce point qu’ A la Recherche du Temps perdu. J’essaierai de l’expliquer par comparaison. Ce n’est pas ce qu’entraîne le fleuve avec soi : des bûches, un cadavre, des perles, qui représentent le côté spécifique du fleuve, mais le courant même, continu et sans arrêt. « 

Proust contre la déchéance : conférences au camp de Griazowietz / Joseph Czapski. – Les éditions Noir sur Blanc, 1987 et 2011.

Un long extrait est disponible sur le site de l’éditeur.

4 réflexions sur “La vie est continue et notre perception est discontinue

      1. Désolé, ce n’est pas un commentaire très constructif ! (vous pouvez l’effacer si vous voulez, maintenant que la faute est rétablie !)
        A part ça, votre blog est bien agréable.

      2. Au contraire, j’avais lu et relu mon billet avant publication et la faute m’avait échappé !
        En tout cas, j’ai flâné sur le votre – j’adore votre oeil burgessien ou kubrickien, au choix – et particulièrement dans vos choix de textes : celui de Romain Gary que j’avais oublié.
        Du coup, je vous ai ajouté dans ma veille journalière (netvibes)
        Bonne soirée
        Franck

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