Ce que serait un livre numérique – 1

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Les amoureux des livres s’opposent actuellement sur une question de … support de lecture alors qu’il ne s’agit en fait que des nouvelles modalités de diffusion du contenu des livres (Ce qui est somme toute pas rien à cause des dégâts qui ont ou vont avoir lieu dans les métiers de l’imprimerie ou de l’édition). Les amoureux de l’odeur du papier versus les amoureux des O et des 1 se crêpent le chignon. En vain. Espérons, que le débat, un beau matin sortira de cette ornière pour nous conduire à l’essentiel de la révolution actuelle : l’âge de l’accès.

Bien sûr, c’est inéluctable ce combat, cette nouvelle bataille d’Hernani, les humains sont ainsi. Blood, sweat and tears… L’âge de l’accès est la vraie révolution en cours. L’invention du livre que l’on dit numérique est son cheval de Troie. Accéder enfin à des livres perdus, épuisés, enfouis ou cachés, réservés jusqu’à présent à une élite de rares privilégiés devrait nous réjouir. Mais, clin d’oeil, de livres numériques, je n’en lis pas souvent. Je vois des embryons, des tentatives mais le plus souvent, pas  » de ce que serait un livre numérique « . Le plus souvent, je lis des livres numériques qui ont la même forme, la même linéarité dans le récit ou dans la forme que le livre de papier, sauf qu’ils sont diffusés sur le web. Homothétiques, dit-on.

Ce que serait un livre numérique, ce serait ce livre – oeuvre multimédia – qui jouerait dans sa forme avec tous les codes du web, de la lecture sur écran à l’introduction d’autres médias : sons, musique, images… en passant par des jeux de recomposition, de recomposition aléatoire choisie par l’auteur, ou encore des pistes de flâneries que l’on pourraient suivres grâce aux liens hypertextes – invention majeure du Web : une invitation au voyage  -, mais ensuite, attention, pour ne pas atteindre ce que j’appelle le syndrome de Baudelaire sur la sculpture, on reviendrait au chemin tracé par l’auteur : celui du sens. Baudelaire avait quelques problèmes avec la sculpture :  » La sculpture a plusieurs inconvénients qui sont la conséquence nécessaire de ses moyens. Brutale et positive comme la nature, elle est en même temps vague et insaisissable, parce qu’elle montre trop de faces à la fois. C’est en vain que le sculpteur s’efforce de se mettre à un point de vue unique; le spectateur, qui tourne autour de la figure, peut choisir cent points de vue différents, excepté le bon, et il arrive souvent, ce qui est humiliant pour l’artiste, qu’un hasard de lumière, un effet de lampe, découvrent une beauté qui n’est pas celle à laquelle il avait songé. Un tableau n’est que ce qu’il veut; il n’y a pas moyen de le regarder autrement que dans son jour. La peinture n’a qu’un point de vue; elle est exclusive et despotique: aussi l’expression du peintre est-elle bien plus forte. » (Salons – XVI. POURQUOI LA SCULPTURE EST ENNUYEUSE).  La linéarité du récit n’est plus une condition absolue à la création du sens à l’ère du livre numérique. Selon Baudelaire, l’auteur est condamné au sens. Ou au minimum, à orienter son regard. Ce qui n’est déjà pas rien.

L’auteur a donc dans sa nouvelle palette de création, de nouvelles possibilités quasi infinies – de jouer avec les codes nouveaux issus de l’informatique : ascenseurs de déplacement de l’écran, clics vers d’autres pages, images ou textes qui apparaissent ou disparaissent en fonction du déplacement de la souris, du doigt, etc… La limite serait de ne pas reproduire cette tentative avortée (même si quelques réussites) que furent les cédéroms culturels : embryons d’oeuvres interactives, venus trop tôt quand le matériel et la puissance des réseaux n’étaient pas encore disponibles à pleine puissance.

Ce que serait un livre numérique, à ces conditions ? Ce ne serait plus un livre dit homothétique car copiant la forme stabilisée à partir de Gutenberg. Gutenberg, c’est aussi une formidable accélération de la diffusion des contenus et un progrès du savoir et de la connaissance. Un livre numérique ce serait un livre qui ne pourrait pas être imprimé à moins de l’amputer d’un de ses aspects sauf – horreur – de l’adapter – pour l’imprimer. Il y manquerait quelque chose si on l’imprimait : une épice, une saveur. Et le pire, une perte de sens.

L’exemple qui ressemble le plus à ma définition (partielle) du livre numérique est le travail qu’effectue Anthony Rageul, doctorant qui a décidé de mettre en pratique ses réflexions en réalisant une bande dessinée interactive : prise de tête.

Je vous laisse dans les commentaires nous donner vos exemples de ce qui ressemble le plus à un livre numérique.

Avançons…

A suivre…

Silence

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Une réflexion sur “Ce que serait un livre numérique – 1

  1. Un exemple de ce qui ressemble le plus à une idée que j’ai du livre numérique, c’est Accident de personne de Guillaume Vissac
    http://www.publie.net/fr/ebook/9782814504196/accident-de-personne
    parce qu’il suffit d’entrer à l’intérieur pour s’enfourner dans des lignes vitales et que le procédé, la technique qui mène d’un point à l’autre, ne mange pas le sens mais le porte.
    (réponse spontanée, sûre qu’il y en aurait d’autres, et des imprévisibles aussi)

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