« Le livre imaginaire de Borges trouve son incarnation dans les pages en nombre quasi infini du e-book »

 » Selon Jorge Luis Borges, la bibliothèque illimitée de Babel qu’il imaginait riche de tous les livres de l’univers (non seulement ceux qui ont déjà été écrits mais aussi tous ceux qui peuvent être ou ne pas être un jour écrits) pouvait être réduite à un seul et unique ouvrage. Dans un post-scriptum à la nouvelle, Borges suggère que la vaste bibliothèque est inutile : un seul volume suffirait, si ce volume était constitué d’un nombre infini de pages d’une infinie minceur. Un tel livre serait, bien entendu, terriblement encombrant à manipuler ; chaque semblance de page se déplierait en autres pages, et l’inconcevable page du milieu n’aurait pas de verso.

[…]

En vérité, le livre imaginaire de Borges trouve son incarnation dans les pages en nombre quasi infini du e-book. Le e-book dépasse en cauchemardesque le livre de Borges, puisque aucune de ses pages n’a de verso? Puisqu’on peut toujours ajouter du texte au « volume », le e-book n’a pas de milieu. La page du e-book est le cadre donné par le lecteur à ce qui est pour l’essentiel le texte illimité de Borges. Comme toutes les autres créations littéraires, le e-book était anticipé dans la Bibliothèque de Borges.  »

(Alberto Manguel, une brève histoire de la page. – in L’éloge des cent papiers, 23 avril 2011 : voir la version numérique)

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