« Lire c’est ingérer une langue peut-être ennemie »

 » Lire, ce n’est pas simplement aménager un temps et un espace particuliers à l’intérieur du temps et de l’espace général, ce n’est pas simplement regarder autrui par la fenêtre de la page. Les livres sont des moteurs, et vient toujours le moment pour le lecteur de mettre les mains dans le cambouis, et d’essayer de voir s’il ne peut pas brancher ce moteur, cette machine sur son propre petit engin mental.

L’ironie, c’est que nous ne savons jamais à l’avance quel usage nous ferons de tel ou tel écrit. Nous ignorons si Proust va nous aider, si Balzac va nous secourir, si Malcolm Lowry ne va pas nous faire trébucher – nous ne savons même pas si nous avons envie de nous laisser envahir par tous ces fantômes.

Lire c’est donc ingérer une langue peut-être ennemie, accepter un virus, faire l’expérience troublante de la ventriloquie. Et lire Artaud, c’est toucher un centre, s’approcher d’un trou, sentir un clou s’enfoncer, et surtout, en finir avec le jugement de la littérature. « 

(Claro : « Artaud Hors murs » in Plonger les mains dans l’acide. – Inculte, avril 2011)

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Une réflexion sur “« Lire c’est ingérer une langue peut-être ennemie »

  1. Le mardi 30 mars 2010, l’écrivain et traducteur Claro présentait l’œuvre d’Antonin Artaud, à la Médiathèque centre-ville d’Issy-le-Moulineaux. On peut écouter l’intégralité de cette conférence sur Liminaire.

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