La fin de l’hiver

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Tu es en embuscade, tes armes à la main. Tu guettes. Passera ? Passera pas ? Tu attends.
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Tu as semé des petits cailloux blancs sur le chemin, devant le buisson dans lequel tu es caché. Tu espères. Ton cahier est là, à portée de main. Ton stylo est affûté. Tu as fourbi tes phrases, astiqué ta ponctuation et armé tes paragraphes. Passera-t-elle, la belle histoire dont tu pourrais t’emparer ? Tu l’ignores. Mais si c’est le cas, tu es prêt.
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Tu regardes aussi bien à l’intérieur qu’au dehors. Sous quelle forme se présentera-t-elle, ton histoire ? Revêtira-t-elle l’apparence d’un souvenir d’enfance ou d’une première rencontre inattendue ? Tu sais qu’elle peut prendre tous les aspects. Il peut s’agir d’une statuette de bois doré ; d’une phrase énigmatique lue au détour des Mémoires de Saint-Simon, d’une jeune femme à l’accent slave ; d’un fumeur en quête de cigarettes ; d’un maître-nageur entreprenant ; d’un employeur malhonnête. La plupart du temps, les histoires sont contenues à l’intérieur de personnes, mais pas tout le temps.
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Quoi qu’il en soit, tu attends. Sur le chemin où un vent glacial souffle, personne ne passe. Rien ne vient. Pourtant, plusieurs fois, tu as cru prendre quelque chose. Dans ton cahier, plusieurs faux départs. Un récit de ton expérience de la maternité ; la vie d’un personnage mythologique, écrite à la première personne. Une agression violente et insensée, un fait divers survenu dans le midi de la France. Tout cela forme quelques paragraphes, au mieux quelques pages, puis le fil se casse. Tu t’arrêtes définitivement, sans énergie pour continuer.
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Dans Effacement, de Percival Everett, le narrateur, un écrivain noir américain, émaille son journal de projets de romans qui restent à l’état d’ébauche, jusqu’à ce que l’un d’eux se développe et croisse au milieu du livre, au point d’en devenir le centre. Voilà exactement ce que tu voudrais vivre. Avoir dans ton cahier quelque chose, arbre, bosquet, fougère, qui se mettrait à vivre et à grandir, jusqu’à envahir tout l’espace. Jusqu’à te transformer toi, en jardinier à son service. Quelque chose dont la croissance te ferait attendre, avec confiance, la venue de l’été.
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Mais pour l’heure, rien ne vient. La bise souffle, la neige tombe. Tu grelottes. Ton cahier reste vide, ou rempli de paroles confuses, ce qui revient au même. Tout peut faire l’objet d’un livre à venir, pourvu que tu en aies l’élan intérieur, tu le sais maintenant. Les sujets de livre n’existent pas, seule l’envie d’écrire donne forme et vie à des fantômes. Mais cet élan, cette envie, comment les susciter ?
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Patiemment, tu reprends cahier et crayon. Tu te remets en embuscade. C’est une question de temps.
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Attendre la fin de l’hiver.
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Marianne Jaeglé
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« Le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre. » Vases Communicants. J’accueille ce jour Marianne Jaeglé qui publie en parallèle mon vase communicant sur son décablog .
Bienvenue Marianne… pour ces chemins en quête de l’inspiration.

Tous les vases communicants de février 2011 sont ci-dessous. Bonne lecture :


Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net/ et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Christine Jeanney http://www.christinejeanney.fr et Anita Navarrete-Berbel http://sauvageana.blogspot.com/

Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/ et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/category/pierre-cohen-hadria/

Samuel Dixneuf http://samdixneuf.wordpress.com/ et Michel Brosseau http://www.àchatperché.net/

Chez Jeanne http://babelibellus.free.fr/ et Leroy K. May http://lkm696.blogspot.com/

Estelle Ogier http://lesdecouvertesdutetard.over-blog.com/ et Joachim Séné http://joachimsene.fr/txt/

François Bon http://www.tierslivre.net/ et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

Cécile Portier http://petiteracine.over-blog.com/ et Anthony Poiraudeau http://futilesetgraves.blogspot.com/

Amande Roussin http://erohee.net/rousse/ et Benoit Vincent http://www.erohee.net/ail/chantier

Marianne Jaeglé http://mariannejaegle.over-blog.fr/ et Franck Queyraud https://flaneriequotidienne.wordpress.com/

Juliette Mézenc http://www.motmaquis.net/ et Jean Prod’hom http://www.lesmarges.net/

Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/ et Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/

Christophe Sanchez http://fut-il-ou-versa-t-il.blogspot.com/ et Xavier Fisselier http://xavierfisselier.wordpress.com/

Nolwenn Euzen http://nolwenn.euzen.over-blog.com/ et Landry Jutier http://landryjutier.wordpress.com/

Leila Zhour http://coeurdemots.hautetfort.com/ et Dominique Autrou http://autrou.eu/

Claude Favre et Jean-Marc Undriener http://entrenoir.blogspot.com/ (vis à vis à préciser)

Clara Lamireau http://runningnewb.wordpress.com/ et Michel Volkovitch http://www.volkovitch.com/

Bertrand Redonnet http://lexildesmots.hautetfort.com et Philip Nauher http://off-shore.hautetfort.com/

Isabelle Pariente-Butterlin http://yzabel2046.blogspot.com/ et Louise Imagine http://louiseimagine.wordpress.com/

Joye http://iowagirl.over-blog.com et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com

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2 réflexions sur “La fin de l’hiver

  1. Jolie métaphore, Marianne.
    Si on la poursuit :
    – Existe-t-il des zones plus giboyeuses ?
    – Peut-on utiliser des rabatteurs ?
    – Peut-on faire comme les chasseurs qui élèvent le gibier comme de la volaille et le lâche la veille l’ouverture de la chasse (idem avec les truites pour les pêcheurs) ?

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