Mémoire des vases communicants

Les vases communicants à venir  :

Vase communicant 22 : (à venir)

Le vendredi 5 Octobre, Christine Zottele me recevra sur son Etsansciel.

Vase communicant 21 : (à venir)

Le vendredi 7 septembre, Flo H. me recevra sur ses WingsOfFlo

Vase communicant 20 : (à venir)

Le vendredi 3 août, Xavier Galaup me recevra sur son île aux images, Tikopia

Vase communicant 19 : (à venir)

Le vendredi 6 juillet, Brigitte Célérier me recevra sur les divagations de Paumée.

Vase communicant 18 : (à venir)

Le vendredi 1 juin , Ana nb me recevra sur dans son Jardin sauvage

Vase communicant 17 : (à venir)

Le vendredi 4 mai, Pierre Ménard me recevra sur son blog : Liminaire.

Autour de San Francisco… l’un revient de la Ville, l’autre rêve de la ville imaginaire

Vase communicant 16 : (à venir)

Le vendredi 6 avril, Camille Philibert-Rossignol me recevra sur son blog :

 la pelle est au tractopelle ce qu’est la camomille à camille

Une image + une phrase et l’autre continue…

§

Vase communicant 15 :

Le vendredi 2 mars, Christopher Selac me reçoit sur son site éponyme :

Un autre vieil homme ou le même.

Et ceux qui avaient pris des requins les avaient portés à l’usine à requins. C’était simple. Les dorades à l’usine à daurades. Les thons à… Il aimait à penser à propos des choses où il était impliqué, et comme il n’avait rien ici à lire et qu’il n’avait pas de radio, il pensait beaucoup et continuait de penser à propos du péché. C’était pleine mer. Tu tournais la tête vers les horizons fuyants. Tu avais pourtant l’habitude mais tu ressentis un vide immense, une solitude extrême. Tu étais isolé dans l’univers et tu t’en rendais seulement compte aujourd’hui. Mais la seconde d’après, dans ce désert liquide, tu  pensais, ce n’est pas vrai : ne suis pas seul. Le vent est mon ami. Mon secours et mon moteur. Ma ligne de vie. Celle qui était dans l’eau et celle qui me conduisait toujours vers le port. Tu tournais la tête, pensait toujours à l’enfant resté à terre, voyait la trace écumante qui marquait ton passage, tout de suite effacée. Tu respirais et l’instant d’après, rien. La prochaine vague te recouvrait. C’était elle qui donnait le la. Il te fallait rester humble, ne pas devenir comme ces humains qui avaient oubliés l’origine.

Il était un grand expert en poissons volants. Qui sortaient de la masse liquide, se moquaient des ramassis d’écume. C’était son albatros à lui, les poissons volants. Des hybrides. Un moment de l’évolution suspendu. Entre mer et ciel. Il se rappelait son premier embarquement, petit mousse. Et les odeurs, et le vent… et malade, couché sur un des bords. Et, puis, magie des premières fois. Les avaient vus sortir de l’eau. Pensait qu’il avait hallucination. Et l’autre vieil homme qu’il accompagnait riait. Aujourd’hui, c’est lui qui était le vieil homme et l’enfant ne l’avait pas suivi dans son ultime pêche.

Le requin n’était pas un accident. Tu t’évanouissais, et l’instant d’après, tu te réveillais. Tu ne pouvais pas penser une seconde que le prédateur ce fut ce gros poisson denté. Ce n’était pas toi le péché. Tu étais la vie, vie sortie des océans pour conquérir la terre. Tes yeux rigolaient. Tu te prenais maintenant pour un Alexandre le grand des océans. Tu étais tout vieux, homérique, courbaturé et ce voyage était ton chant du cygne. Tu délirais. Et te marrais encore une dernière fois, relevant la tête, toisant définitivement l’horizon en criant : Tu gamberges beaucoup trop, le vieux…

Silence (Franck Queyraud)

Les phrases en italique sont phrases de la nouvelle traduction du Vieil homme et la mer de François Bon, aperçue dans les nuages le 7 février 2012 et presque toute de suite disparue en mer, à la poursuite des poissons volants…

Les photographies sont photographies de John Hogan (1940) et de Fouquier.

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Vase communicant 14 :

Le vendredi 3 février 2012, Candice N’guyen me recoit sur THE ONE SHOT MI…

Plutôt que le vide, le plein (One shot not)

 
Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird.  Et vole au vent. La bande son du concert tourne en boucle, et pieds sur le sol, bien accrochés, sur sol pourtant, qui mélange… agglutine la poussière, gluante. Mes ailes sur les trottoirs de ces villes qui nous accueillent, bercés sommes, par la rengaine, entêtante, et la voix grave, rocailleuse ou brisée, ou hésitante du chanteur qui attend. Puis, regagne navire. Sédentaire, suis, sur ma péniche, mais, nomade, sur tes canaux vers cet ailleurs rêvé. Voudrai savoir gai, voudrai plein d’entrain, voudrai gai savoir, sur un fil, courir… S’envoler, et devenir oiseau migrateur… Nous allons tous au même endroit, il est écrit… We’re all gonna be in the same place… …quand nous mourrons…
 
Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird. Quand j’étais enfant, je courais des heures dans le champ de maïs du square St Laurent où je vivais, un quartier fleuve, un quartier au nom de fleuve canadien. Je traversais les courants de vents des plantes à maïs… rêvais de péniches m’emportant vers les glaces septentrionales… me rappelle encore les morsures des feuilles… et les traces sur nos jeunes peaux… et cela ne nous embêtait pas, et de recommencer la course dans ce piquant océan. Je te suis, tu me cour… ton cou dont je ne me lasse pas. Et Amadeo qui s’immisce entre nos prunelles de souvenir… et c’est malheur… et c’est joie… d’être juste sur le sol… plaqués sur le sol… avec nos envies de voler?
 
Savoir… plutôt que le vide, le plein… suis-je le ciel ou un oiseau ? Une totalité ou une petite brindille ? I want to know am I the sky or a bird. J’ai… cette chanson qui… rengaine, dans mes oreilles, cet air calme, pourtant répétitif, et cette voix rocailleuse ou brisée, ou hésitante … mémoire vive du moment, de ce moment où vous savez que vous écoutez ce que vous n’aviez jamais entendu auparavant… et ce frisson soudain, et soudain vous transporte… et envie de partager mais vous êtes seul ou seule, c’est selon et c’est la même chose. Etre ici et ailleurs… Ici et maintenant… Savoir… Y a pas d’autre ailleurs que celui qui est dans notre tête… et c’est jardin, si vous le voulez… et sinon, tant pis… Pas besoin de péniches pour s’évader… j’ai longtemps cru que… En écho, mon rêve de funambule. Tu es mon plus beau cauchemar… Dirt in the ground… la la la… m’endors sur la dernière note…


 
Sauf la voix du chanteur Tom Waits, et sa chanson Dirt in the ground, et sa gestuelle comme celle du concert milanais… et d’autres chants des Narrow Terence, qui sont sur la photographie… et merci à Candice… pour choix… et accueil sur ce One shot mi des découvertes…
 
Franck Queyraud
 
 *   *   *
 
Merci à Franck Queyraud pour cette douce et belle litanie ainsi que son invitation dans le cadre des Vases Communicants de février 2012 sur échange de musiques et de photographies. Ici donc mon choix de Tom Waits et d’une photo des Narrow Terence prise il y a quelques années dans le dernier village de Gaulois (mais anisé) et chez lui, ce morceau d’Ez3kiel qu’il m’a proposé et qui n’a cessé de tourner en boucle depuis lors.

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Vase communicant 13 :

Le vendredi  6 janvier 2012, Louise imagine m’accueille sur Il pleuvra demain… :

Elles sont partout… mon amour… (Carte postale)

Elles sont partout… Comme tunnel, sous la forme d’illuminations de nOël, mais pas éclairées parce qu’il fait encore jour… M’en moque… je les suis tout de même… qui…

Elles sont partout… qui guident notre trajectoire. Toutes les rivières et tous les canaux se rejoignent vers notre île. Dans le ciel aussi, fils d’Ariane suivent l’avion… Ou l’inverse… Je ne sais plus… Elles sont perspectives, le long de la rivière qui horizonne. Ou, au bout de la canne des pêcheurs que je croise le long des berges… Et le chemin, c’est par là, je demande ? Comment veux-tu que je me perde ? Et qui…

En naviguant bien, sur ce Canal du midi, en zigzaguant un peu, je devrais pouvoir te rejoindre avant la fin du monde. Elle est annoncée pour 2012, mais moi, je m’en moque des oiseaux de mauvais augure. Le bug de l’an 2000 a fait long feu. Cet épouvantail-là fera de même. Le monde est fou, mon amour. Celles dont je ne dis pas encore le nom, sont encore diagrammes, dans les bourses du monde entier qui chutent. Et colonnes, qui plongent vers des infinis de chiffres, danaïdes ténèbres… On ne vit pas que d’argent. On ne peut évidemment pas le dire sans passer pour un mariole. Mais si on n’en a pas, d’argent, on le sait bien évidemment, on fait les marioles plutôt que la révolution. Ca n’a jamais trop marché les révolutions. Elles sont partout… celles dont je tais le nom, encore un peu… et qui me rappellent celles-ci :

Le vent

Debout

S’assoit

Sur les tuiles du toit.

Accalmie, le titre de ce poème de Prévert, qui ne paie pas de mine, tout petit poème, mais qui forme une petite cheminée. Lueur d’espoir. Pas celle de la mine. De la Bourse, peut-être, on brûlerait toutes les actions, les titres et les billets… Feu de joie… Accalmie. On doit dorénavant, rien que çà, chacun, sauver la planète, oui, rien que cela, la lecture des comics de super-héros ou la vision à haute dose de désolants films américains ont travesti nos imaginaires. On a déjà du mal à se sauver soi…

Prévert s’en moquait aussi de ces gens-là, les grands donneurs de leçons, les grands réalistes tristes, lui, toujours à tirer, et le diable par la queue, et sur son mégot de poète, attablé seul avec son gros toutou, dans un jardin parisien avec tout le poids du monde sur ses épaules, à trouver des mots contre les ennuyeux ; se moquait, lui, l’indiscipliné, le rêveur, qui vitriolait les diners de têtes, bien fréquentés. C’étaient les mêmes qui jouaient le monde en le posant en permanence en équilibre sur les quilles du bowling, et justement, lançaient la boule, le long de la piste… Je ne perds pas la boule, que je lance dans le canal… et qui… plouf…

-          Je t’offre un hot-dog ? Regarde ! Sur le toit du chalet-boutique, le vent vient de s’assoir. On a tout le temps, à présent. Les feuilles font des notes sur une portée dessinée dans le ciel… La musique…

Elles sont partout… mon amour… ma Jeanne… Elles dessinent trajectoires dans le ciel, grâce au grand manège, on dirait la roue d’une bicyclette géante pour faire le tour du monde et quand les badauds montent dans la grande-roue, ce n’est plus que cris, cris pour se faire peur… rejoindre le cœur du monde… celui qui bat près de vous… celui des mots du poète qui chante dans ma tête :

« Moi, le mauvais poète qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout. »

Je n’avais plus qu’à les suivre… celles… et qui…

Ces arabesques quand le vent fait bouger les doigts de l’arbre qui me montrent la direction et les mille petites feuilles jouent avec éclats de soleil, apportent ombres sur ton doux visage, imaginé…

Elles sont partout…  mon amour… ma Jeanne à moi… les lignes qui me mènent vers toi.

Bons baisers d’ici. Il fait beau. Il ne pleuvra pas demain. Je t’aime.

Silence

Remerciements :

Aux poètes Jacques Prévert et Blaise Cendrars (phrase en italique) qui ont conquis mon adolescence, en ce temps-là…

Merci à Louise Imagine  pour ses photographies, catalyseurs des mots de ce vase communicant…

§

Vase communicant 12 :

 Le vendredi  2 décembre 2011, Justine Neubach m’accueille son site :

Vers un ailleurs tout près de chez vous

Partir de la ville vers un ailleurs

J’étais dans la Ville, dans cet immeuble en L, au bord de la mer. Nous marchions sur la plage avec S. Les petits pas de ma fille dans les miens : par jeu. Des traces dans le sable… Des lignes dans le ciel… Celles que dessinaient dans l’azur bleu de longs tubes en métal qui transportaient des messieurs importants ou d’autres qui fuyaient vers un ailleurs idéal. Nous, nous regardions passer quelques oiseaux – migrateurs ? Déjà ? – qui utilisaient d’autres corridors pour leurs déplacements. On ne se plaisait plus dans la Ville. On s’éloignait de l’agitation consumériste de l’été ou de celle, tout aussi agressive, du poste de télé. On fuyait les cadavres qui exsudaient dans le sable sale et les autres qui étaient avachis dans des canapés obèses et profonds devant des écrans qui ressemblaient à des murs, ingurgitant des boissons gazeuses qu’ils exsuderaient le lendemain, de nouveau, sur la plage. Nous vivions au milieu de vrais clichés, qui n’en étaient pas : l’azur était réellement bleu, les touristes exsudaient de tous leurs pores, passaient des heures à noircir ou à patienter dans de longues files de voitures pour voir les messieurs importants sur leurs yachts dans la petite commune où il n’y avait rien à voir d’autres. C’était les vacances. Nous, on avait envie de nature, de calme, de fraicheur. De retourner à l’étang. Certains, méprisants, disaient que c’était une mode, ce retour à la Nature. Ou, pragmatiques, essayaient de vous vendre du naturel, du bio comme ils disaient, ironiquement, au milieu des champs azotés derrière la centrale nucléaire. Il y avait toujours des gens qui ne perdaient pas le Nord. Le Nord de la Bourse. Mais le compte n’y était définitivement pas. On n’avait pas envie d’être avec ces gens-là, de leur ressembler ou d’être entièrement sous leurs emprises. D’autres, naïfs rêveurs, pensaient que justement, nous avions besoin de sentir sous nos pieds, un sol fait de cailloux et de mauvaises herbes. Ils passaient pour des hurluberlus. Les trottoirs de la Ville étaient nettoyés tous les jours pour enlever les déjections canines, les déjections humaines ou les restes et déchets de la grande frénésie de l’ultralibéralisme. L’humain, petite chose non-ultramachin, se perdait dans des substituts nostalgiques pour lui rappeler que tout était mieux, avant. Il s’en contentait de ces artefacts ; les autres, eux, les gens zimportants, ils souriaient ; l’humain ne se révoltait que rarement.

Jardins composés

Des jardins composés comme horizons, on avait besoin. Pour se promener. Siester. S’allonger sous un arbre. Ne rien faire. Ne plus consommer. Ou alors, que des choses immatérielles : ouvrir un livre, par exemple. Un livre qui inventait un monde. Ou qui vous parlait de vous. Du passage des saisons. On pouvait aussi faire des choses non rentables ou qui ne servaient à rien : jeter des pierres dans le ruisseau ou recevoir la joie de votre enfant quand il trempe ses pieds dans l’eau de l’étang. Ouvrir la porte de bois du pré et retrouver le temps d’un après-midi, un Eden… De la neige en hiver, des fleurs de cerisiers au printemps, un fruit en été…

Explorer le temps et les saisons

Dans les foules de la Ville, l’humain, petite chose non-ultramachin, s’est retrouvé seul. Avec pourtant un ailleurs tout près de lui. Vivifiant…

Silence.

Toutes les photographies sont de Justine Neubach

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Vase communicant 11 :

Le vendredi  4 novembre 2011, Piero Cohen-Hadria m’accueille Pendant le Week-end :

 Entre les lignes, il faudrait lire…

Dans le journal Le Monde il est écrit en Une que « le philosophe allemand Jürgen Habermas craint que la crise n’emporte la démocratie » puis je lis « le sommet du 26 octobre est le sommet de la dernière chance ». Je pense : la dernière chance de quoi ? Je ne me sens plus en phase. Les nouvelles s’enchainent, les catastrophes aussi, et les fins du monde, et les classements, et les mauvaises notes des pays opulents qui se flagellent, et… etc. Je tourne les pages en papier. Essaie de lire entre les lignes d’autres Cioran de pacotille. Je change de journal. C’est exactement la même voie. Et, le monde continue tranquillement de mouiller son fil et tente de l’enfiler dans le chat de l’aiguille. « La situation des défenseurs des droits de l’homme a continué de se dégrader dans le monde en 2011 », selon un rapport de… Je laisse tomber le journal. Je m’assoupis. Me réveille en sursaut : reprend le fil de la Timeline qui sans cesse défile comme une roue et me raccroche à l’instant : « non, dit-il à la migraine qui s’annonce avec ses gros sabots » écrit un certain DB, il y a trois minutes. A la radio, un certain Antoine, éditeur dit que « la vente de livres est la première industrie culturelle en France ». Je ne suis pas sûr d’avoir bien entendu. Esquisse un sourire. Pas drôle. Mais j’entends la voix d’Antoine. Il est content Antoine et la journaliste qui l’interroge aussi. Le monde n’est pas aussi noir qu’ils le disent. Las auditeurs rêvent d’îles. J’essaie de relier tous ces points comme les escales d’un navire sur la surface mouvante de l’océan, de reconstruire des lignes de fuite. N’y arrive pas toujours. Hésite entre toujours ou jamais. Créer de la surface entre les lignes. J’en ai conscience. C’est déjà çà, chanterait l’autre. Dans le labyrinthe de Cnossos, retrouver le fil mais Ariane vient de décoller de Kourou. Dernière chance, aussi ? Je souris, doublement. Francis R. réagit à la voix d’Antoine : « Gaston a eu sa rue. Antoine a son à voix nue. ». Francis R. que je ne connais pas mais que je lis, écoute la même émission. Le fil de l’oiseau bleu. La ligne bleue des Vosges. Me rapproche de mon horizon. Ce matin, dans les bouchons causés par le sommet de la dernière chance. Les autos collées les unes contre les autres. Et les poids-lourds stockés en file indienne. De la légèreté, voudrais… J’essaie de voir entre les lignes de ma main. Le temps passé. Les cassures, les brisures, les pliures… Tiens, une petite paillette brille dans ma paume. Mais d’où vient-elle ? Le chemin est cet horizon proche : prendre la main de celle qui m’accompagne. Je jette les journaux. En attendant, écoute Bad as me

Silence.

§

Vase communicant 10 :

Le vendredi 7  octobre 2011, Flo H. m’accueille sur ses Jardins d’été comme d’hiver :

“Dis-moi, Spinoza, y a-t-il autre chose que la joie ?”

IL dit que ce qui élève. – La Joie…

IL dit que le moteur de la danse de l’être est la Joie.

IL dit qu’il faut réinventer de nouveaux modes pour vivre ensemble.

Toutes les anciennes antiennes* ne tiennent plus, l’antiphonaire est à réimprimer.

IL dit ce que l’autre a déjà dit, que Choros (la danse) viendrait de Chara (la joie)

IL dit encore que la joie de vivre se trouve en dansant et qu’il faut chasser les tristes romantiques

IL dit cela mais on pourrait remplacer IL par ELLE.

La joie est du côté jardin…car située côté cœur : autrement dit, la grâce.

ELLE dit que ce qui pèse. – Cette force qui tire vers le bas…

ELLE dit que c’est le manque de mots qui empêche la danse de l’être.

ELLE a assez de mémoire pour se rappeler cette absence.

ELLE dit avant aujourd’hui : des fragments…

ELLE dit aussi que la douceur et la tendresse sont d’abord noms, verbes et adjectifs

Shéhérazade réveillant l’être statique vers un mouvement vital : animal.

ELLE dit cela mais on pourrait remplacer ELLE par IL.

La pesanteur est du côté cour… car située vers point de côté : appendicite existentielle

IL ou ELLE. – Danse la félicité…

C’est le début du monde. De IL et de ELLE, Profanes sacrés.

Le temps qui n’a plus ni commencement ni fin.

Plus besoin de chaussures et de ce qu’elles signifient… Pieds nus, danser

Peuvent pendre… peuvent pendre…

Dis-moi, Spinoza, y a-t-il autre chose que La Joie ?

Il ou ELLE disent cela mais on pourrait les remplacer par AILES ou ÎLES.

La totalité, pieds nus…

.

Silence

*Une antienne (du grec antiphonê, signifiant “qui répond à”)

 Sur le blog de Flo H., la musique de Avishai Cohen – Worksong accompagne la lecture du billet.

§

Vase communicant 9 :

Le vendredi 2 septembre 2011, Christophe Sanchez m’accueille sur Fut-il.net :

 J’ai vécu heures…

alors bruits. échos du monde. J’ai vécu heures. nu. “Nu, j’ai vécu nu. Naufragé de naissance. Sur l’île de Malenfance. Dont nul n’est revenu. Nu, j’ai vécu nu. Dans des vignes sauvages. Nourri de vin d’orage. Et de corsages émus. Nu, vieil ingénu. J’ai nagé dans tes cieux. Depuis les terres de feu. Jusqu’aux herbes ténues…

alors bruits. échos monde. vécu heures. nu, n’ai plus parlé. me suis tu. te regarder. te respirer. voyais les imabes autour moi, omgres des autres s’agiter… te regardais. fut bref, ce regard. regard. soudain, l’univers… disait mais… u’est-ce que tu me veux toi ? deux silences se sont épanouis, rencontrés, lianes lierres cailloux genoux et tentacules, se tendre, tendre, l’un vers l’autre. mangé tes cheveux, nez, joues, cannibale, il n’est plus rien resté.

alors bruits. échos. hors. tympans ailleurs. “Nu, j’avance nu. Dépouillé de mon ombre. J’voulais pas être un nombre. Je le suis devenu.” me manques dès que tu tournes coin de rue. suis tes lianes. suis toi. Dire, pas dire. Tu ne sais pas dire…

plus parler ; te regarder, toucher ! oui, toucher… presque tu parles onomatopées… suis effaré par… perdu mots… yeux…

silence alors. Chu…

Silence

En italique, hommage au poète parti.

§

Vase communicant 8 :

Le vendredi  1er juillet 2011, Nicolas Bleusher m’accueille sur son site éponyme :

A celle qui est dans les nuages

Je regarde le ciel. Ses nuages. Les longs filandreux que le vent sème et promène. Un nuage fin et délicat qui se cache se découvre à peine. Au bout d’un moment, le doute n’est plus permis et apparait le visage de celle qui se cache dans les nuages. J’aimerai bien que le vent s’arrête quelques instants. Mais, au contraire, il redouble d’intensité. Et le visage s’évanouit comme il était venu. Souris… et reste là, immobile, à contempler le ciel.

Silence

 

§

Vase communicant 7 :

Le vendredi  3 juin 2011, Loran Bart m’accueille sur ses NoTeS&PaRSeS :

Le chemin de fer où plus aucun train ne passe

Avant d’arriver à la gare, il y a le chemin. Le chemin de fer. Le chemin de fer où plus aucun train ne passe. Il n’y a plus de voies, ou rarement. Le chemin de fer de la ville où nous habitons, ma compagne, ma fille et moi, ne conduit plus les trains jusqu’à la gare. Ce chemin : on l’appelle communément la trouée verte. Enfin, nous, nous l’appelons ainsi. C’est un havre de paix, un chemin de promenade, une sorte de petit val qui serpente dans et hors de la ville, entre et sort incognito, la vie moderne ne s’en aperçoit plus, pas goudronné, le chemin n’a plus aucun intérêt. Sauf pour les promeneurs, les flâneurs ou les poètes qui sont parfois les mêmes : un poète promeneur qui flâne ou un poète flâneur qui se promène… Etc. Parfois, reste quelques tronçons de voies, qui forcent les coureurs à ralentir leurs foulées, les contraignent à faire attention pour ne pas trébucher. Le chemin n’est plus qu’une trace de l’ancien monde. Celui qui allait moins vite. Le monde n’a plus le temps. Le chemin mène pourtant toujours au même endroit. Trace…

Devant la maison où nous habitons : le cabanon, avec ma compagne, ma fille et moi, il y avait le chemin de fer qui passait. C’est comme une terrasse qui reste maintenant, gardant sa fonction de plateau plat : géographie identique mais changement de fonctions. Nous, nous y garons la vieille 4L. Nous, ce terrain plat, nous l’appelons le terrain de boules. A cause des graviers. Et puis, parce que nous y jouons aux boules, l’été. Mais ce ne sont pas les graviers qui protégeaient les gros tronçons de bois de la voie. Le grand-père les a remplacés ou ils ont disparus, envolés, volés. Avant d’arriver à la gare, il y avait le chemin. Le chemin de fer qui passait devant notre maison, le cabanon. Aujourd’hui, chemin qui fait partie intégrante de notre maison, clôturée, bornée. Il était tellement lent le train qui passait autrefois, devant le cabanon, que les voyageurs en descendaient pour ramasser les pignes tombées à terre, les pignes des pins qui longeaient la voie qui venaient de Meyrargues dans les Bouches du Rhône et allaient jusqu’à Nice en passant par Draguignan, traversant trois départements. Un transsibérien méditerranéen en réduction.

FICHE :

Draguignan (alt. : 180 m)

Gare ouverte le 23 avril 1888, bâtiment de 1ère classe, deux halles local et transit, buffet, dépôt pour neuf machines, ateliers machines et voitures, magasins, remise à voitures. Alimentation en eau par la ville, château d’eau de 120 m3, trois grues hydrauliques ;

En 1893, transformation de la remise à voitures en atelier de peinture ;

En 1905-1906, remaniement complet des installations avec allongement de bâtiment voyageurs, agrandissement du dépôt pour loger quinze machines, nouveaux ateliers et magasins ;

En 1907-1908, aménagement des bureaux de la Traction au-dessus de l’atelier de peinture ;

En 1942, extension du chantier de transit ;

En 1957, démontage des voies de transit.

Vous dire, s’il était lent ce petit train des pignes que les voyageurs allaient à pied en flânant à côté.

Vous dire, qu’il était impossible que le petit train des pignes continue de séduire les voyageurs impatients que nous sommes tous devenus.

Avant d’arriver à la gare, il y a le chemin. Le chemin de fer. Vous savez, celui qui n’existe plus. On est devant la gare maintenant. Elle est toujours là. Mais ce n’est plus une gare du chemin de fer. Elle accueille des salles pour les associations de la Ville où nous habitons, ma compagne, ma fille et moi. Je dois tout de même vous dire : elle assume encore un rôle de gare. Le chemin n’est plus ferré mais bituminé. Et les locomotives à vapeur ont été remplacées par des autocars. Mais leurs fins semblent également programmées. A la gare routière, au bout du chemin de fer qui n’existe plus, on peut prendre, pour seulement deux euros, des magnifiques cars colorés pour se rendre dans n’importe quel point du département. Pour seulement deux euros. Se rendre dans n’importe quel point du département. Pratique. Efficace. Nous les prenons parfois ces cars, ma compagne, ma fille et moi. Mais ils ont un petit défaut : ils sont de leur époque. Quand vous montez à leur bord, il est absolument impossible d’en descendre avant d’avoir atteint la destination prévue. Impossible d’en descendre pour seulement marcher à côté en ramassant les pignes des pins, les pignes de pins toujours tombées à terre… et qui continuent de tomber…

Silence.

§

Vase communicant 6 :

Le vendredi  6 mai 2011, Christophe Grossi m’accueille sur ses déboîtements :

… finalement, utiliser le grand nuage…

Cumulonimbus

L’orageux, le grêleux… Le nucléaire, blanc. Terrifiant.

A : Hiroshima lundi 6 août 1945, 8h15. Plus tard : « L’herbe folle dissimulait déjà les cendres ; les fleurs des champs s’épanouissaient sur la carcasse de la ville. La bombe n’avait pas seulement laissé intacts les organes souterrains des plantes ; elle les avait stimulés. Partout, ce n’étaient que bleuets et glaïeuls, ansérines, volubilis et belles-d’un-jour, pois à cosses velues, pourpiers, bardanes, sésames, millets et pyrèthres… »

Abysse : Nagasaki, jeudi 9 août 1945, 11h02… Little boy puis Fat Man, horreur des surnoms…

H : Bikini, 1954 : le Dragon chanceux V (Fukuryu-maru n.5), un thonier, sa cargaison et vingt-trois hommes irradiés. H : Etres…

NC : Tchernobyl, 1986… Terreur des apprentis sorciers…

NC : Fukushima, 2011… Fumisteries des experts… et de leurs arrosoirs…

Ce sont des êtres humains. Des cobayes.

« Shikata ga nai », on n’y peut rien.

NC : nucléaire civil. Mirages du domptage… Brouillards…

Séquelles en forme d’abécédaire mortuaire

Cirrocumulus ondulatus

Composé de hautes balles de nuages ou des couches de minuscules éléments qui se présentent sous la forme de grains blancs. Chaque balle représente des nuages de serveurs. Chaque grain, un individu unique, son blog, son site. Nous flânons désormais dans ces ciels… du cloud magistral… le grand nuage, nuage parmi les nuages, flânons parmi les humains dans les nuages… ou de leurs…

Traces… de chemins…

Traces… que nous laissons…

Traces… que nous cherchons…

Traces… qui nous échappent…

Le cirrus et les autres

Le plus élevé. Le poète. Celui des signes. Du poète. Charles mais pas seulement.

Celui qui traîne, se balade, court, gambade… nous emmène…

Comme une ritournelle, j’entends :

« Shikata ga nai »

.

Silence

Notule d’informations :
Le titre est une bribe de phrase tirée d’Après le livre / François Bon. – Publie.net, 2011. – pp. 43-44 epub version 5 du 25 avril 2011
L’extrait du jardin extraordinaire du cumulonimbus vient de l’indispensable : Hiroshima : lundi 6 août 1945, 8h15 / John Hersey. – Taillandier, 2011. – (Texto). – p. 99
Et des liens qui vases communiquent dans le cloud. Silence.

§

Vase communicant 5 :

 Le vendredi  1 avril 2011, Samuel Dixneuf m’accueille sur ses Lignées :

 Ultima irradieux experts

Le 15 juin 1951, le chaman inuit Sakaeunnguap se fige au sommet de l’inlandsis au nord du Groenland. Il précède les traîneaux de Jean Malaurie et de Qaalaasoq. Ils reviennent d’une expédition de recherche, chargés de fossiles et de documents divers.

Sakaeunnguap se fige. Se fige en découvrant les gros avions transporteurs de l’US Air-force atterrissant au rythme d’un par demi-heure, apportant matériaux et hommes, pour construire une base militaire “défensive”, située au coeur des territoires inuits, près de Thulé précisément. Le 15 juin 1951, Jean Malaurie scelle son destin : en réaction, il va créer la collection Terre Humaine et écrire le premier volume de la collection : Les derniers rois de Thulé pour informer le monde : “livre de résistance et de réflexion“.

17 années s’écoulent…

Le 21 janvier 1968, un B-52G, en mission secrète de détection rapprochée, s’écrase sur la banquise à 8-12 km à l’Ouest de la base de Thulé. A son bord, quatre bombes thermonucléaires. L’explosion du bombardier dispersera trois bombes, c’est-à-dire leur charge d’uranium, de plutonium, d’américium et de tritium sur 15 à 20 km². La banquise sous la puissance du choc et de la chaleur va fondre sur 305 m de largeur et 610 m de longueur.

Contamination et disparition au fond de l’océan de la quatrième bombe thermonucléaire. Jamais retrouvée. Exit les peuples inuits…

20 ans passent…

En 1988, un groupe de travailleurs danois issus des 500 travailleurs danois travaillant sur la base, ayant coopéré à la décontamination fait part de problèmes de santé très sérieux : cancers, stérilités, graves troubles psychologiques…

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Silence des médias.

Silence des élites pensantes.

Que sont devenus les hommes ? Silences…

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Le 26 avril 1986 , à 1h23, se déclare un incendie dans la centrale nucléaire de Tchernobyl à Pripriat en Ukraine. Suivra la fusion du coeur d’un des réacteurs et un immense nuage sur toute la planète. Là aussi…

Chape de plomb sur la communication.

Chape de béton, plus tard, pour coiffer la centrale. Retour du sarcophage.

Une région entière isolée – no man’s land – ressemblant aux ambiances des films russes de Tarkovski.

Exit les liquidateurs, les fleurs et les rires des enfants…

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Que sont devenus les hommes ? Silences…

Silence des élites pensantes

Silence des médias.

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Le 11 mars 2011, vingt-cinq ans plus tard, un séisme gigantesque, déplace le Japon de 2,40 m. Comme un château de cartes s’effondrant, sans ironie aucune, une réaction en chaîne provoque un tsunami qui ravage la centrale nucléaire de Fukushima au Nord de Tokyo. Provoquant explosions, incendies et émanations de radiations. Les naïfs jardiniers des atomes n’ont pas l’humilité du jardinier de potager qui compose avec les éléments sans vouloir les dominer, sachant dans sa grande sagesse qu’il ne peut rien sans que la nature ne le souhaite. Jardiner c’est ouvrir des mondes. Mais, il faut de la patience : ” un jardinier a besoin de onze cents ans pour expérimenter, étudier et apprécier pratiquement tout ce qui est de son ressort… Nous autres jardiniers, vivons en quelque sorte en avance sur le présent : quand nos roses fleurissent, nous pensons qu’elles fleuriront encore mieux l’année suivante ; et dans une dizaine d’années ce pin minuscule sera un arbre ; si seulement j’étais plus vieux de dix ans ! Je voudrais voir déjà à quoi ressemblent ces petits bouleaux dans cinquante ans. Le vrai, le mieux sont devant nous.” (Karel Capek)

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La foi du jardinier est celle de l’avenir et de la postérité de ses enfants. Quelle est celle du jardinier des atomes ?

Exit…

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Silence…

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(Sources : Ultima Thulé de Jean Malaurie. – Editions du Chêne, 2000. – pp. 380-386 ; L’année du jardinier de Karel Capek en édition de poche chez 10/18 et l’encyclopédie collaborative Wikipédia pour les précisions de date et qui depuis la catastrophe du Japon nous informe en permanence)

§

Vase communicant 4 :

Le vendredi 4 mars 2011, Anne Savelli m’accueille sur ses Fenêtres Open space :

Le souffle.

 
Epuiser le sens d’un mot à force de le répéter. Changer d’univers. Penser aux poissons clos dans le leur et qui ne voient pas l’horizon. Comment serions-nous si nous n’imaginions pas ce que nous voyons ? Regarder n’est pas voir. Ecouter n’est pas entendre. Souffler n’est pas jouer. Lire est une plongée en apnée dans les gouffres de l’intime. Sensible à la fêlure et s’asseoir sur un banc pour ne pas tomber. Contempler la mer et…
 
Voir la mer. Imaginer des pas qui viennent et puis… sourire d’un coin de bouche à l’approche de la bien-aimée. Etre dérangé. S’apaiser. Sentir la curiosité pointer paradoxalement son petit nez camus. Inspirer. Expirer. Ne pas s’occuper de cette insupportable. Reprendre sa méditation sans la lucidité impliable. Mégère invitée avec ses mauvais airs. Pas de danse. Un et deux, et puis trois. Contempler le ciel et…
 
Voir le ciel.
 
Silence.

§

Vase communicant 3 :

 Le vendredi 4 février 2011, Marianne Jaeglé m’accueille sur son Décablog :

Métamorphose…c’est par la fêlure…

C’est par la fêlure

Que dedans et dehors

Mêlent leurs eaux

   Charles Juliet       

Les hommes sont comme les arbres : de longues silhouettes  solitaires. Autonomes. Et pourtant, comme la forêt, ils s’agglomèrent et ne laissent plus rien pousser sous leurs ombres. Tel le noyer.

Si l’être est en chemin vers le langage, si le langage est la maison, la maison de l’être, le bout du voyage, alors la quête de l’être est le langage. Le langage ne préexistait pas à l’être. Préexistait l’instinct. Le langage est une invention humaine, est un passeport pour le voyage : moyen et but en même temps. L’être est toujours en chemin vers la guérison ultime, vers la communication totale, vers une utopie idéale. En vain… Enfin… Le langage doit l’aider à prendre conscience de ce chemin. Ainsi tel le roi qui écoute mille et une nuits, mille et un milliers de mots provenant de la bouche dorée de Shéhérazade – toujours cette attirance pour les Lumières – et qui ne la tuant plus, guérit. Le langage comme déclencheur de bonheur. Catalyseur de la bonne heure – encore le temps – la bonne heure, la dernière que l’on voudrait vivre sans chaînes, avec légèreté. Le langage est cette quête de la légèreté, ce détachement du temps, cet accès à la non-pesanteur, cet envol vers un plaisir des sens, le retour du désir, la fin de la dépression, une victoire sur l’instinct, une victoire du cerveau sur son environnement, l’être détaché enfin du temps. Notre chaine.

La promenade est le temps de la métamorphose.

Le sens de la vie appartient assurément au monde sensible, mais pas seulement. Le bien et le mal aussi. Nous ne pouvons abstraire ni l’un ni l’autre au profit d’une destinée qui nous dépasse. Le sens de la vie est notre sens moral, quand il n’est pas sens dessus dessous. Nous le construisons, il nous ressemble, il va vers ce que nous devenons. Multiple, il ne peut être qu’un perpétuel questionnement. Il est aussi sables mouvants : notre enlisement moral, notre isolement sensible. Solitude. Le sens de la communauté est-il le sens positif ; la solitude, le sens rétrograde ? La vérité, le vrai et le faux, le bon grain de l’ivraie. Nous séparons, nous catégorisons au lieu de parsemer, comme le semeur, notre jardin.

Combien dure cette métamorphose ?

Le temps de la marche à pied ou le temps de la prose.

Il s’agit d’étreindre notre environnement, par tous les pores de notre peau, par tous les récepteurs que sont nos mains, bouche, yeux, oreilles ou nez. Le goût et ses douleurs appartiennent à chacun. Notre corps est plein d’empreintes qui nous gouvernent. Imprégnons-nous. Il suffit d’imaginer. C’est notre spécificité, notre bien commun. Je suis un cerveau qui pense au corps, à cette chair où se crée et lutine ma pensée. Simplement, comment ne pas être simplement émerveillé par cette machine là… Cette machine là qui parle d’elle, qui a la conscience de parler de soi. Etrange… simplement étrange… Eblouissement… Il n’y a plus de culpabilité. Il suffit d’imaginer, de laisser la pensée dériver, voyager, couler de source. Il ne s’agit plus de créer des Dieux ou de tomber, dans tous ces ésotérismes de circonstances : laisser voguer notre imaginaire.

A quel âge arrive la métamorphose ?
 
Le moment où l’on se sent prêt, me répond l’écho des pas dans la forêt.

Prêt ?

Prêt à quoi ?

La recherche du centre, d’un centre, de notre équilibre est notre chute dans un tonneau des Danaïdes : un gouffre sans fond. Nous courrons, ombres vagues, autour de lui. Nous sommes des tours solitaires : parfois, ces tours n’ont aucune ouverture, parfois une, deux ou plusieurs. Le jeu consiste à ouvrir de nouvelles fenêtres jusqu’au point où il n’y a plus de murs, et la tour s’écroule. Nous pouvons nous mettre alors sur le chemin, à la rencontre d’un autre marcheur, en évitant d’entrer dans la tour d’un autre, d’un autre que l’on vampirisera afin de reproduire le décor de notre ancienne tour.

            Il faut toujours tomber. Temps de la marche, temps de la prose. Métamorphose.

Silence.

§

Vase communicant 2 :

Le vendredi 7 janvier 2011, Jérémie Szpirglas  m’accueille sur son blog inachevé.net :

11 novembre 1983… inachevé…

Je lisais déjà. Un peu, beaucoup, en désordre. De tout. Des romans, des essais, de la science-fiction ou de la bande-dessinée. Me souviens de mon grand-père maternel, cheminot, militant communiste et syndicaliste qui m’emmenait acheter Pif Gadget. Il me semble bien que c’était le jeudi à l’époque. Oui, c’était le jeudi. C’était au temps de l’enfance. Je lisais déjà. Un jour, ce fut jour d’hapax. Je ne connaissais pas ce mot évidemment, ce qu’il signifiait, ce qu’il symbolisait. Ne m’attendais pas aux conséquences qu’il cachait en lui. Forcément, on ne le sait qu’après, bien après, souvent en ayant oublié ce jour quand… un acte, une rencontre ou une découverte vous le remémore. Le jour de la bifurcation. Tu seras ci. Tu seras cela. Tu croiras ci. Tu croiras çà…Ben, non ! Je lisais déjà. Un livre. Les livres, c’est pour entretenir le doute. Pour ne pas tomber dans la facilité. Pour ne pas mourir… tout de suite… pour ralentir la chute… Icare, toujours. Je lisais déjà. Le livre. Un petit rectangle de 13 x 6 cm est le grain de sable qui a fait dévier ma chaussure de marche. Foulure existentielle. Ce jour ? C’était un 11 novembre. Le 11 novembre 1983. Jour de commémoration important dans la région où j’habitais alors. Né à Soissons, pas très loin du Chemin des Dames où s’allongeait la ferme de mon autre grand-père : la première explosée par l’obus allemand. Quand nous étions en primaire, le 11 novembre, nous allions à l’école, le matin. Nous nous rassemblions et partions pour le cimetière militaire qui se trouvait à proximité. Malicieusement, on nous donnait des bonbons. Raté. J’étais déjà intéressé et puis, je n’aimais pas les bonbons. Nous passions dans l’herbe verte sous la conduite de l’instituteur — patriarche — dans les allées aux croix blanches. Je lisais déjà. Les noms sur les tombes. Les noms des soldats morts au champ d’honneur. Mais le 11 novembre 1983, j’habitais à Reims. Je lisais toujours. Ce jour là, une chaine de télévision a diffusé une adaptation d’un livre de Blaise Cendrars : la main coupée. Je ne connaissais pas Blaise Cendrars. Je ne sais toujours pas pourquoi mais j’ai été littéralement happé par ce téléfilm. Patrick Préjean tenait le rôle principal, celui de Blaise Cendrars, engagé volontaire en 14 pour aller tuer le Boche comme je le lirais plus tard, défendre la liberté…bla bla bla… pas de cela chez Cendrars… j’y allais à la guerre pour tuer le boche, comme il disait. Je n’aimerais pas aujourd’hui revoir ce téléfilm. Il ne faut jamais revenir. Paradoxalement, je suis venu à la lecture intensive par la télévision, un écran. Fasciné par l’interprétation de Patrick Préjean, je découvrais un écrivain sans l’avoir au préalablement lu. Le lendemain matin, je me rendis dans une librairie de Reims, la librairie Michaud, qui n’existe plus aujourd’hui, remplacée par un marchand de sac à mains ou un coiffeur ou une banque ou…je ne sais pas. La librairie Michaud occupait un grand immeuble de style art déco, sur plusieurs étages. Je filais directement au rayon des livres de poche et trouvait dans la collection Folio cette main coupée. La ramassait. Henri Galeron avait illustré la couverture d’une main posée sur un sol vert, le bras coupé se terminant en une fleur aux pistils ébouriffés et aux pétales rouges vifs suintant d’une ou deux gouttes de sang. Le sang du combattant. Pas le sang du poète. J’apprenais par la suite qu’il était impossible à Cendrars d’écrire pendant la guerre. Le livre est toujours là, sur une étagère de ma bibliothèque dédiée au manchot contemplatif.

Il y avait du nouveau…

C’est la première phrase de la première histoire racontée par Blaise que j’ai lu : ce loustic de Blaise.

Il y avait du nouveau. Quelque chose était changé dans la conduite de la guerre.

J’ai refermé le livre. Un sentiment bizarre. Celui d’avoir trouvé ce que je cherchais. Chaque fois, recommencée, cette émotion.

Il y avait d’autres Cendrars que j’achetais ce jour : L’homme foudroyé, Le lotissement du ciel qui racontait l’histoire du gentil frère Joseph de Cupertino qui voletait dans les airs. Pratiquait la lévitation. Et Bourlinguer. Bourlinguer. Je me rappelle encore de la sonorité de ce mot que je lisais en silence. Bourlinguer. Bourlinguer. J’ouvrais le livre.

Je ne souffle mot. < silence >

Je regarde par la fenêtre Venise. < silence >

Je m’arrêtais. Tout de suite, je reconnus le ton qui m’avait séduit la veille en regardant l’adaptation télévisuelle. Je ne savais pas encore que ces livres allaient être mes catalyseurs littéraires. Bref, j’achetais les quatre volumes, écrits plus tard au temps d’une autre guerre, quand Cendrars s’était réfugié rue Clémenceau à Aix-en-Provence. Rue où je passe, chaque fois que je suis dans cette ville, accomplissant une sorte de pèlerinage, de rituel, moi, pourtant homme de peu de foi, complètement vacciné contre toute forme de rites ou de courbettes transcendantales. Mes économies y passèrent. Je revins quelques jours plus tard dans la librairie, ayant lu les quatre livres « aixois » pour en trouver d’autres. Je ressortais avec les poésies complètes en deux tomes de la collection Poésie de Gallimard, celles à la couverture couverte de petites images colorées représentant Cendrars coiffé de son mythique panama. Du monde entier au cœur du monde ! En janvier 84, effet du hasard qui arrive tout le temps, sortait le numéro 203 du magazine littéraire consacré à – devinez… avec le merveilleux portrait de Moretti. J’étais pris. Ma manie de faire des bibliographies, bien avant de penser devenir bibliothécaire, me conduisit à écumer les bouquinistes de Reims. Celui sous le passage vitré, près de la Place d’Erlon, avait ma préférence. A partir de Cendrars, l’an 1 après B.C., je sympathisais avec le vieux bouquiniste qui devait s’amuser de voir un jeune homme demandant des livres complètement atypiques ou peu lus. Lisant Cendrars, je découvris vite qu’il avait un maître : Remy de Gourmont. Personnage tout aussi fascinant que ce Blaise qui avait changé de nom pour devenir un autre. Je baignais dans ces histoires et continuais de faire mes demandes auprès du vieux bouquiniste. Je récupérais d’antiques Mercure de France, l’éditeur principal de Gourmont et repartais avec mes trésors, ravi. D’autres fois, je restais des heures dans la salle d’étude de la Bibliothèque Carnegie à Reims, seulement interrompu dans ma lecture par les bruits du parquet craquant sous les pas d’un nouveau lecteur s’installant. Moi, l’athée, je lisais d’une traite Le latin mystique de Gourmont qui était cité par Cendrars comme un de ses livres les plus importants. Je n’y comprenais pas grand-chose. Cette méthode de lire les écrivains cités, admirés, conseillés est toujours ma méthode : j’appelle cela lire en archipel, à l’image du navigateur parti découvrir une île puis une autre… Le hasard de la rencontre comme boussole. Gourmont, les symbolistes… et puis, Henri Miller… Et avec Miller, c’était reparti ailleurs, vers la littérature américaine… et une certaine vision jubilatoire du savoir… du rapport entre les êtres… je lisais ainsi… toujours faisant confiance au hasard et aux conseils des écrivains qui me servaient d’accélérateurs pour rattraper mon retard… « Moi, le mauvais poète qui ne voulais aller nulle part, je pouvais aller partout »…

Ecrit en l’an 28 après B.C.

Silence

Ma photographie de Cendrars, à AIX, prise par Doisneau photographie rescapée des inondations de Draguignan le 15 juin 2010

§

Vase communicant 1 :

Le vendredi 3 décembre 2010, Lambert Savigneux m’accueille sur son blog Les vents de l’inspire :

Tisseurs de joie…

© Peinture de Marie Morel , tisseuse de joie (Détail du tableau La forêt, 1999)

La joie

Le gris

« Il fait gris

Mais le gris est une couleur »

La joie commence là

Regarder ailleurs… autrement…

« Le lièvre mord à l’aube »

Le livre court à l’aube – La vie courante – alternative – L’ohm qui file

Que deviendrons-nous s’il y a des routes partout ?

Que deviendrons-nous s’il y a des villes partout ?

Pris au piège dans un écheveau de fils emmêlés

Pris au piège dans un arc-en-ciel de préjugés

Monter sur une chaise…

Le gris

La joie

Pas celle béante du ravi

Les mystères ne sont pas des merveilles

La vie filante comme une étoile

Les mystères sont des absences de pensée

Que l’homme –essentiellement – imaginaire

Comble par d’autres mystères

Au risque de perdre la joie

Démontons l’arc-en-ciel

Il est curieux, l’homme

Hein ! Il est curieux, l’homme.

Et bavard

Bavard

Rêve de tisser des brins d’herbe

Silence

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