“La conspiration du silence” par kenzaburô Oé

“[La catastrophe de Fukushima] met en lumière la fragilité de la démocratie japonaise. Serons-nous capables de réagir ou bien resterons-nous silencieux ? On saura dans dix ans si le Japon mérite encore l’appellation de nation démocratique. Je m’aperçois que jamais je n’avais ressenti aussi profondément le manque de maturité de la démocratie japonaise. Car cette crise ne se réduit pas au désastre de Fukushima. Le plus désespérant pour moi est “la conspiration du silence” des compagnies d’électricité, des administrations, du gouvernement et des médias pour cacher les dangers. Depuis mars 2011 ont été dévoilés tant de mensonges  – et il y en a probablement d’autres… La révélation de cette complicité des élites pour dissimuler la vérité me bouleverse. Sommes-nous un peuple aussi facile à berner ?
 
J’espère un sursaut de la société civile pour exiger le développement des énergies renouvelables et la prise en compte des alertes des sismologues. 
 
Après Fukushima, une réflexion morale s’impose : on ne peut juger l’énergie nucléaire simplement en termes de productivité. Les victimes des bombardements atomiques ont été les premiers à souligner la dimension éthique de ces bombardements et à appeler à ne pas faire subir à d’autres les mêmes souffrances. Les dirigeants politiques ont ignoré leur appel. La “trahison” commença avec la loi de 1956 sur l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques. Nous en avons recueilli les fruits à Fukushima.  
   
Désormais, l’arrêt des centrales [nucléaires] est la priorité de mon activité citoyenne comme de mon travail  littéraire.”

 
Extraits de l’entretien donné au journal Le Monde des Livres, vendredi 16 mars 2012, par kenzaburô Oé, prix Nobel de littérature 1994.

Sur l’utilité des bibliothèques publiques pour l’homme qui n’avait pas de nom…

“J’adore les bibliothèques publiques. Ce sont les seuls endroits où l’on peut s’asseoir au chaud et bouquiner pendant des heures sans rien payer. Ces derniers temps, ça me fait chaud au cœur de constater que la montée du chômage favorise la lecture. S’user les yeux sur un bon bouquin pendant que les autres angoissent au bureau et s’esquintent la santé à l’usine, ça ouvre l’esprit. Il y a quelques semaines, j’ai repéré un homme qui lisait Les Misérables de Victor Hugo dans un volume de la Pléiade. Tandis que je feuilletais un magazine people à vive allure, l’homme avançait laborieusement dans sa saine lecture.

- Vous en êtes où ?

- Page 352. C’est la catastrophe. Waterloo !

Une semaine plus tard, l’homme était toujours à la même place.

- Alors, comment çà se passe à Waterloo ?

- Waterloo morne plaine. Maintenant je suis sur les barricades avec Gavroche.

- Ah ouais un chic gosse… je me souviens: Joie est mon caractère, c’est la faute à Voltaire, misère est mon trousseau, c’est la faute à Rousseau.

- Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau, c’est la faute…

- Pourquoi vous ne l’empruntez pas pour le finir tranquillement chez vous ? Le meilleur endroit pour lire Les Misérables, c’est un bon lit douillet.

L’homme s’est contenté de sourire à moitié sans me répondre.

Quelques jours plus tard, il était toujours assis à la même place. Fidèle au poste.

- Alors, comment va Jean Valjean ?

- Il vient de laisser filer son pire ennemi, l’inspecteur de police Javert. Pourquoi sauver la peau de son pire ennemi ?

Comme je n’avais pas la réponse, je me suis plongé dans un de ces magazines sur papier glacé qui me procurent un plaisir aussi éphémère que coupable.

La fois suivante, l’homme n’était plus là. Contrarié, je suis parti à la recherche de Victor Hugo. Le grand homme était à sa place, à la lettre H, coincé entre Michel Houellebecq et Nicolas Hulot. Un signet était glissé à une centaine de pages de la fin des Misérables.

- Vous cherchez quelque chose ?

Une bibliothécaire me souriait tout en remettant un peu d’ordre du côté de la lettre G.

- Je cherche quelqu’un… L’homme qui lisait Les Misérables dans la Pléiade.

- ll ne viendra plus. Il a dû se faire pincer…

- Pincer ?

- Il n’avait pas de papiers, c’est pour çà qu’il n’empruntait jamais rien.

Pour avoir une carte, il faut des papiers… Et sans carte, pas de livres.

L’humanisme a des limites.

- Vous connaissiez son nom ?

- Il n’avait pas de carte, donc pas de nom. On se disait bonjour, et c’est tout. Je ne sais même pas d’où il venait.

Le soir même, bien au chaud dans mon lit douillet, j’ai lu que 32 922 étrangers avaient été expulsés de France en 2011 et que le ministre espérait arriver à 35 000 en 2012. Il était temps de relire Hugo.”

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Ce texte est titré : “La faute à Rousseau”. Il est l‘éditorial de la revue Novo par Philippe Schweyer, revue découverte au cours de mes flâneries strasbourgeoises de la semaine. Je me permets, une fois n’est pas coutume, de recopier intégralement cette histoire qui rappelle – nous bibliothécaires qui doutons parfois un peu de nos missions face au déferlement technologique du numérique, écoutons cette histoire – les rôles de la bibliothèque comme lieu, oasis de paix et de découvertes. Silence.

Ton cul est rond

Aujourd’hui, je n’arrive pas à me concentrer sur le travail que je dois pourtant rendre demain… parce qu’un ami est parti, a choisi de partir cette nuit. Il y a quelques années maintenant, il était venu amener sa passion des mots, ses histoires, ses musiques, son sourire aux paupières plissées, sa voix érodée dans la bibliothèque des bords de la Méditerranée où je travaille, il était revenu animer un atelier d’écriture chez EF, puis avions rendu hommage à son ami Léo dans un mas de provence où il y a maintenant des concerts de ses amis, les chansonniers. On s’était revu plusieurs fois, à des concerts, les siens ou d’autres et puis après, autour d’un verre. Il nous manque déjà, l’horloger de la chanson. Reste les chansons… ses chansons… Je lui avais demandé plusieurs fois de chanter cette chanson : ” Ton cul est rond ” qui est une des plus belles chansons d’amour qui existe et qu’il faut écouter dans sa version live : album Il pleut sur la mer, enregistré à l’Olympia. Il m’avait dit : Franck, je ne peux plus la chanter… j’avais compris alors je n’avais plus insisté… J’aime beaucoup d’autres chansons (notamment celle qui me tord les boyaux à chaque fois et qui s’appelle D’Osaka à Tokyo) mais Ton cul est rond… Bien sûr, on arrosera les fleurs, puisque tu es parti… salut à toi… Silence.

et à vous, si vous ne la connaissez pas, voici le texte de cette chanson, délicieusement érotique et bourrée de vie, du meilleur de la vie :

Ton cul est rond comme une horloge
Et quand ma fatigue s’y loge
J’enfile le temps à rebours
Je mate l’heure sous ta jupe
Il est midi moins deux minutes
Et je suis encore à la bourre
 
Promis demain j’arriv’rai pile
Pour faufiler ma grande aiguille
Sous le cadran de ton bidule
On s’enverra jusqu’au clocher
Et mon coeur comme un balancier
Ondulera sous ta pendule

Dis-moi au chrono de tes reins
Quand passera le prochain train
Combien coûtera le trajet
J’ai tant couru contre ta montre
Voici qu’à l’heure de la rencontre
Je me sens des doigts d’horloger

Time is money et puis ta soeur
Si on t’avait demandé l’heure
On saurait qu’le temps c’est d’l'amour
Ton cul est rond comme une horloge
Et quand ma fatigue s’y loge
J’enfile le temps à rebours

Ton cul est rond comme une horloge
Et quand ma fatigue s’y loge
J’enfile le temps à rebours
Je mate l’heure sous ta jupe
Il est midi moins deux minutes
Et je suis encore à la bourre

Paroles: Allain Leprest. Musique: Léo Nissim, Gérard Papieri   1988  “Deux” © Saravah autres interprètes: Jehan (1988)
La version studio est ici.

cheminer pour modifier le monde autour de soi : le chant des signes

” Avec ses tourments et ses embardées irrationnelles, Achille capte tous les regards – pas étonnant qu’il ait été incarné par Brad Pitt dans Troie, navet absolu s’il en est…

Ulysse est bien différent : il a un cerveau, lui. Sa séduction vient de là : dés le début de l’Odysée, il est présenté comme celui qui connaît l’esprit des autres hommes, et le sien. Il est le héros du savoir et de la conscience de soi. Il incarne l’intelligence et la ruse (métis), ce qui est chez lui une seule et même chose. Ses stratagèmes lui permettent d’arriver à ses fins, de retourner à Ithaque et de survivre dans toutes les péripéties.  D’ailleurs, il est intéressant de voir comment son personnage est repris dans les tragédies : il y devient l’ennemi, le bad guy. Car les tragiques ne supportent pas les traits que nous aimons chez Ulysse : la subtilité, l’ingéniosité, le double langage, la maîtrise de soi et des autres. Dans l’Iliade, Achille affirme déjà qu’il déteste les hommes qui disent une chose, et en pensent une autre. Ulysse est bien trop retors pour lui, et plus tard pour les tragiques.

En résumé, il y a deux types d’héroïsme : un héroïsme de la gloire et de la mort chez Achille, un héroïsme de la ruse et de la (sur)vie chez Ulysse. Et je crois que, s’il est nécessaire de penser comme le premier, il vaut mieux agir comme le second… D’un côté, il ne faut pas se dérober devant le problème d’Achille, qui est aussi le nôtre, à savoir trouver une signification à l’existence ; de l’autre, pour ne pas finir interné ou en prison, autant se comporter avec finesse d’esprit !

 

Ce sont en réalité des Janus ; ils ont un double visage. Là est la grandeur d’Homère : il n’est pas un scénariste hollywoodien, il ne verse jamais dans la psychologie à sens unique ou dans le manichéisme primaire. L’homme est une créature complexe, ambivalente, contradictoire. Prenons Achille, d’abord : ne suit-il pas son code de conduite et d’honneur de manière extrêmement rationnelle ? Il sait ce qu’il veut et conçoit froidement comment y arriver. L’Iliade, certes, commence avec la célèbre colère d’Achille. Cependant, ce déchaînement ne serait-il pas une manière d’appâter le lecteur, voire une gigantesque blague d’Homère ? Contrairement à ce que laisse supposer cette ouverture, tous les personnages du poème sont doués de raison, y compris le plus impétueux d’entre eux. Selon le point de vue qu’on souhaite adopter, Achille apparaît donc comme le plus fou ou le plus raisonnable des héros de la littérature mondiale. Choisissez…

Quant à Ulysse… Il est malin, débrouillard, irrésistible, mais ce n’est pas Tintin ou un gentil premier rôle de comédie pour autant. Il est effrayant par bien des aspects, et je me demande si, au fond, il n’est tout simplement pas un sale type, peu recommandable ! A son égard, j’oscille entre la fascination et la répulsion. Mais faisons un petit détour : l’Odyssée est le premier traité d’anthropologie de la tradition occidentale. Le poème enseigne le principe canonique que tous les étudiants apprennent dès leur première année de fac : l’observateur (d’une société, d”une situation) change par sa présence et son action ce qu’il est censé observer. Ulysse, qui voyage et pose pied à terre continuellement, est un observateur privilégié. Mais dire qu’il transforme les endroits où il se rend est trop faible : il les met à feu et à sang ! Voici un homme qui détruit Troie à l’aide d’un procédé trompeur, enfonce un pieu dans l’oeil du Cyclope, brise le coeur des déesses, massacre les prétendants de sa femme et tue sans pitié tout ce qui bouge, même ceux et celles qui lui montrent de la sympathie ! Sa face sombre gît dans cette violence par laquelle il conquiert le monde et oriente à dessein sa destinée. L’Odyssée est aussi un document pré-impérialiste et précolonialiste.

[Ulysse est un grand manipulateur] …, et son côté machiavélique est lié à son art du récit. Ulysse est un prodigieux conteur, un habile story teller. Il sait donner un cachet d’authenticité à ce qu’il raconte. Mais dit-il vraiment la vérité ? Cette question de la véracité du récit, qui s’applique à l’ensemble de l’Odyssée, est vertigineuse et indécidable. Car les histoires d’Ulysse sont absolument invérifiables ! Comme tous ses compagnons sont morts, aucun témoin ne peut les attester. Il pourrait très bien avoir tout inventé. Je suis d’ailleurs de plus en plus persuadé que c’est le cas, et qu’Ulysse est un fieffé menteur. Ou plutôt qu’il crée de toutes pièces des fictions abracadabrantes à partir de ce qu’il vit au cours de son épopée.

Par exemple, quand il parle des Argonautes aux Phéaciens, il me paraît clair qu’il s’inspire de son dialogue avec Nausicaa, qui a eu lieu la veille ; de même, l’histoire de Circé est une variation, une reprise chimérique de la rencontre avec Calypso. Les récits d’Ulysse sont un work in progress. Les fictions s’emboîtent dans la réalité, et cette mise en abyme est déstabilisante parce qu’au final on se demande si la ‘ réalité ‘ existe ! L’Odyssée mène donc une profonde réflexion sur le statut de la vérité et le pouvoir de la narration. Ulysse est un sorcier du logos, qui charme et manipule son auditoire par le langage. Pour convaincre les Phéaciens de lui donner son ticket pour Ithaque, il évoque devant eux les affreux cyclopes ; il sait que ce récit va leur plaire, qu’il est à la fois divertissant (pour eux) et utile (pour lui). La seule fois où la belle mécanique du story telling s’enraye survient lors des retrouvailles avec le père, à la fin du poème. Là, devant son paternel, Ulysse ne peut plus inventer et mentir comme il l’a toujours fait. Il s’effondre et pleure comme un bébé… Cette scène cruciale illustre les limites du récit triomphant. “

(Entretien avec Daniel Mendelsohn in L’Iliade et l’Odyssée – Août-Septembre 2011 – Hors-série du Philosophie magazine n° 11)

 

Transformer le monde et le raconter ou le raconter pour le transformer ou… Ulysse, conteur… menteur… comme Shéhérazade. Me demande si je ne préfère pas Shéhérazade, la belle (es-t-on sûr qu’elle est belle ou devient-elle belle parce qu’elle est) conteuse des Mille et quelques nuits. Elle est toute aussi déterminée par sa quête (plus modeste, certes, qui n’est pas de transformer le monde mais de changer un assassin en un doux amoureux), use de tous les stratagèmes pour raconter (mensonges, émerveillements, énormités…) mais sa méthode me paraît plus douce… peut-être parce que c’est une femme… mais je n’en suis pas sûr…

De Daniel Mendelsohn, on ne peut lire en français que trois livres : celui qui l’a fait connaître : Les Disparus (la recherche de traces des membres de sa famille disparus lors de la Shoah)…second volet d’une trilogie commençée avec L’étreinte fugitive, livre tout aussi sensible où il raconte  la quête de son identité personnelle à travers celle de l’exploration du désir… On attend avec impatience (enfin, moi) la troisième partie : son livre sur la beauté… par un auteur grand connaisseur de Proust et des mondes antiques. Enfin, the last but not the least, son recueil de critiques – corrosives mais toujours argumentées, souvent étonnantes, donc rafraîchissantes – au titre aussi magnifique que son contenu : Si beau Si fragile. Tous parus chez Flammarion depuis 2007. A découvrir…

Silence

 

 

Bulle

” Je n’oublierai jamais les deux semaines de quarantaine. Il faisait un temps d’été superbe, le ciel était d’un bleu profond, il n’y avait pas un nuage. A l’exception des deux promenades quotidiennes – chaque baraque rigoureusement séparée des autres – les détenues devaient demeurer dans leurs cantonnements. Milena s’était portée volontaire pour servir à la baraque des paralysées. Protégée par mon brassard vert de Blockälteste, je me faufilais chaque jour, vers midi, malgré l’interdiction, vers la baraque des paralysées, en faisant de grands détours ; on l’avait aménagée dans le bloc disciplinaire qui était entouré d’une clôture spéciale, et où il était évidemment interdit d’entrer… Milena m’attend déjà, elle s’approche de la grille, nous nous asseyons à même le sol, séparées par le réseau de fil de fer. Tout est parfaitement calme. Aucune surveillante n’est là à brailler, aucun chien à japper et troubler la quiétude. Le camps est comme tombé sous un charme. Tout près de nous, deux alouettes des bois sautillent sur le chemin et l’on entend le cri monotone d’un bruant. L’air brûlant scintille, tout autour de nous monte l’odeur de la terre gorgée de soleil. Le temps s’arrête. C’est l’heure de Pan. Milena commence à chanter doucement, une chanson tchèque, une mélodie suave et douloureuse à la fois : Ô collines vertes qui étiez miennes ! Ô joie de mon coeur ! Cela fait si longtemps déjà que je n’ai plus entendu le chant des oiseaux. A l’horizon point une triste époque…

Nous parlons des étés de jadis, des vacances de notre enfance : Te rappelles-tu encore cette sensation extraordinaire que l’on éprouve quand le vent estival vous fait battre une fine robe contre les jambes ? Et l’herbe tendre sous les pieds, quand nous courrons pieds nus ? Milena était sur le mont Spicak, et moi tout près de la frontière de la Bohême, dans les Fichtelgebirge, dans la ferme de mes grands-parents. C’étaient les mêmes collines arrondies de part et d’autre de la frontière, les mêmes forêts de pins et les mêmes prairies en pente couvertes de fleurs… Et maintenant ? Je regarde les pieds nus de Milena, ils sont d’une beauté parfaite, comme ceux d’une statue. Pourquoi faut-il qu’ils souffrent le martyre sur l’allée couverte de mâchefer ? J’en ai le coeur qui se serre. “

(Milena / Margarete Buber-Neumann. – Seuil, 1986)

Cette bulle de temps, ce temps de Pan, se déroule au camp de concentration de Ravensbrück où furent internées Margarete Buber-Neumann et Milena Jesenska. Seule Margarete est revenue et a tenu promesse : écrire la vie de Milena.

Silence

Ne plus dormir

Ne plus dormir pour ne pas perdre de temps. Ne plus dormir pour recevoir la pique de la vie. L’agréable, la fugitive. La cannibale, la tenace. Ne plus dormir car ne plus trouver le repos. Séparé de celle qui vous aide à respirer. Ne pas comprendre pourquoi. Cette absence, d’un coup…

Silence

Le manque

Vous êtes là. Physiquement. Et puis, en fait, non. Vous n’y êtes pas. Une part de vous est ici mais l’autre, la légère, la spontanée, celle qui a un rapport avec votre âme, celle que vous ressentez dans votre corps, votre poitrine, vos entrailles, est ailleurs. C’est plus fort que vous. Ne pouvez lutter. C’est comme un disque rayé quand constamment l’aiguille du diamant vient taper régulièrement au même endroit. Recommence. Recommence. Recommence. L’éternité est la sorcière qui accompagne le manque. On donnerait tout pour abolir ce malaise et assassiner cette traîtresse qui vous tord les boyaux.

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Silence