Ce que j’invente, existe.

Fictions imaginées.. Surprise quand deviennent réalités. L’esprit monolithique et conservateur nous empêche constamment les échappées de nos imaginaires. L’inconnu, le non-normatif sont continuellement combattus par les tristes, les sans-vies, les déjà-morts, ceux qui ont renoncés face à la profusion des possibles, à ce baroque, ce flux continu de la vie. Les prisons sont dans les têtes et les clés des cellules sont dans un abîme perdu. La majorité lutte pour conserver la structure des prisons. Tous les jours. Tout le temps.

Ce 17 octobre 2011 est nouveau et ce qui arrive l’est tout autant. Ce n’est jamais arrivé et c’est cela qui est excitant. L’inconnu est constamment sur notre chemin, précédant nos pas. Ce 17 octobre 2011, je respire… encore. Et sourit. Et chemine, un ange à mes côtés. Et la religion n’a rien à y voir si je parle de cet ange… Plutôt une force que personne ne peut atténuer.

Nous sommes dans un jeu infini…

Ce dont il s’agit : acquérir le langage. Ce qui relie…

Silence.

Dire à haute voix le texte écrit


Dire les textes pour entendre leurs musiques : comme ce qui est tactile, la part sensible se dégage très clairement dans le rythme comme une respiration.

Exactement comme cela est. Ou ressenti, plus précisément.

Lire à haute voix. Partager nos jubilations.

Quand écrire, entendre une autre voix dans écouteurs. Voix intérieure naviguant dans flux et fils des réseaux du grand nuage.

Nuées. Et cette fleur qui pousse chaque jour prend le temps, son temps. Le texte croit de la même manière…

Mais c’est une autre histoire qui commence et celle-ci n’a pas de fin.

.

Silence

et des mots entremêlés en italiques de la voix…

Hommage à Michael Hart, le père du projet Gutenberg par Hervé Le Crosnier

Le projet Gutenberg est orphelin : décès de Michael Hart

Michael Hart est décédé le 6 septembre, à l’âge de 64 ans. Il restera dans l’histoire de la culture numérique comme le fondateur du « projet Gutenberg », un projet coopératif majeur datant des débuts de l’internet et ayant réussi à créer un gigantesque fonds de livres numérisés offerts en partage.

Il y a quarante ans, en juillet 1971, le jeune Michael Hart reçoit son sésame pour utiliser, en temps partagé, l’ordinateur Xerox de l’Université d’Illinois à Urbana-Champain. Peu versé sur le calcul, il se demande ce qu’il pourrait bien faire d’utile à la société à partir d’un tel outil, limité, n’utilisant qu’un jeu de caractères en capitales, et très lent en regard des ordinateurs d’aujourd’hui. Il utilisera son temps pour recopier la « Déclaration d’Indépendance » des États-Unis, en songeant aux idées de bibliothèques universelles lancées par les « pères fondateurs » de l’informatique, notamment Vannevar Bush, Joseph Licklider ou Ted Nelson. Le fichier pesait seulement 5 kilo-octets, mais il du renoncer à sa première idée d’envoyer le texte à la centaine d’usagers ayant une adresse sur Arpanet, car cela aurait bloqué tout le réseau. Il le mit donc en dépôt sur un serveur pour un libre téléchargement (sans lien hypertexte, une notion qui n’existait pas il y a quarante ans). Même s’ils ne furent que six à profiter de l’offre, on considère que le premier « livre électronique » du réseau informatique avait vu le jour. Ce fut d’ailleurs le livre numérique le plus cher de l’histoire, Michael Hart ayant un jour calculé une valeur approximative de son accès à l’ordinateur et l’évaluant à 1 million de dollars.

Michael Hart a continué sur sa lancée pour rendre disponible la plus grande quantité de livres possible. Même si les premiers textes étaient difficilement lisibles, sans typographie, en lettres capitales, sans mise en page,… il n’a jamais dévié de sa volonté de rendre les œuvres disponibles à tous. Pour cela, il s’appuyait sur une caractéristique essentielle du document numérique : la reproduction et la diffusion via le réseau ne coûte presque rien, et même de moins en moins quand les machines et les tuyaux deviennent plus performants. Comme il l’écrivait encore en juillet dernier, « à part l’air que nous respirons, les livres numériques sont la seule chose dont nous pouvons disposer à volonté ». Et il anticipait sur les usages à venir au delà de la lecture, comme l’analyse du texte, la comparaison de mots, la recherche par le contenu, l’établissement de correspondances ou les études linguistiques ou stylistiques assistées par l’ordinateur.

Longtemps son credo fut celui du « plain vanilla ascii », c’est à dire de refuser toute mise en page afin que les textes soient accessibles à toutes les machines, par tous les utilisateurs. Ceci conduisait les volontaires du projet Gutenberg à un codage particulier des accents, placés à côté de la lettre concernée. Mais sa méfiance devant HTML a disparu quand le web est devenu le principal outil de diffusion des écrits numériques : l’universalité passait dorénavant par le balisage, et l’utilisation de UTF-8, la norme de caractères qui permet d’écrire dans la plus grande partie des langues du monde.

Comme son projet, disons même sa vision, était généreuse et mobilisatrice ; comme il possédait un grand sens de la conviction et de l’organisation et proposait un discours radical, il a su regrouper des millions de volontaires pour l’accompagner dans sa tentative de numériser le savoir des livres. Des volontaires qui ont commencé par dactylographier les textes, puis utiliser scanner et reconnaissance de caractères, mais toujours incités à une relecture minutieuse. On est souvent de nos jours ébahi devant les projets industriels de numérisation. Nous devrions plutôt réfléchir à la capacité offerte par la mobilisation coordonnée de millions de volontaires. Construire des communs ouverts au partage pour tous répond aux désirs de nombreuses personnes, qui peuvent participer, chacune à leur niveau, à la construction d’un ensemble qui les dépasse. Dans le magazine Searcher en 2002, Michael Hart considérait cette situation comme un véritable changement de paradigme : « il est dorénavant possible à une personne isolée dans son appartement de rendre disponible son livre favori à des millions d’autres. C’était tout simplement inimaginable auparavant ».

La volonté de Michael Hart lui a permis de poursuivre son grand œuvre tout au long de sa vie. S’il fallut attendre 1994 pour que le centième texte soit disponible (les Œuvres complètes de Shakespeare), trois ans plus tard la Divine Comédie de Dante fut le millième. Le projet Gutenberg, avec ses 37000 livres en 60 langues, est aujourd’hui une des sources principales de livres numériques gratuits diffusés sous les formats actuels (epub, mobi,…) pour les liseuses, les tablettes, les ordiphones, et bien évidemment le web. Les textes rassemblés et relus sont mis à disposition librement pour tout usage. La gratuité n’est alors qu’un des aspects de l’accès aux livres du projet Gutenberg : ils peuvent aussi être transmis, ré-édités, reformatés pour de nouveaux outils, utilisés dans l’enseignement ou en activités diverses… Le « domaine public » prend alors tout son sens : il ne s’agit pas de simplement garantir « l’accès », mais plus largement la ré-utilisation. Ce qui est aussi la meilleure façon de protéger l’accès « gratuit » : parmi les ré-utilisations, même si certaines sont commerciales parce qu’elles apportent une valeur ajoutée supplémentaire, il y en aura toujours au moins une qui visera à la simple diffusion. Une leçon à méditer pour toutes les institutions qui sont aujourd’hui en charge de rendre disponible auprès du public les œuvres du domaine public. La numérisation ne doit pas ajouter des barrières supplémentaires sur le texte pour tous les usages, y compris commerciaux… qui souvent offrent une meilleur « réhabilitation » d’œuvres classiques ou oubliées. Au moment où la British Library vient de signer un accord avec Google limitant certains usages des fichiers ainsi obtenus, où la Bibliothèque nationale de France ajoute une mention de « propriété » sur les œuvres numérisées à partir du domaine public et diffusées par Gallica… un tel rappel, qui fut la ligne de conduite permanente de Michael Hart, reste d’actualité.

Le caractère bien trempé de Michael Hart, sa puissance de travail et sa capacité à mobiliser des volontaires autour de lui restera dans notre souvenir. Les journaux qui ont annoncé son décès parlent à juste titre de « créateur du premier livre électronique ». C’est cependant réducteur. Il est surtout celui qui a remis le livre au cœur du modèle de partage du réseau internet. C’est la pleine conscience qu’il fallait protéger le domaine public de la création des nouvelles enclosures par la technique ou par les contrats commerciaux qui a animé la création du Projet Gutenberg. Michael Hart n’a cessé de défendre une vision du livre comme organisateur des échanges de savoirs et des émotions entre des individus, mobilisant pour cela des volontaires, le réseau de tout ceux qui aiment lire ou faire partager la lecture.

Caen, le 10 septembre 2011
Hervé Le Crosnier

Texte diffusé sous licence Creative commons

Echolalies entre deux traductions de Montaigne : de l’expérience

“Il N’Y A PAS de désir plus naturel que le désir de connaissance.” “Il n’est désir plus naturel que le désir de connaissance

“Aussi essayons-nous tous les moyens qui peuvent nous y mener et, quand la raison nous fait défaut, nous nous rabattons sur l’expérience.

L’expérience, multipliant les tentatives , donna naissance aux Arts.

L’exemple nous montra la route à suivre.

(Manulius, Astronomikon, I, 59)” (p.157)

 ”Quand la raison nous faut [manque], nous y employons l’expérience,

C’est par épreuves diverses que l’art est né :

L’exemple nous a montré la voie.

(Manilius, I, 59)” (p. 764)

[...]

“Les rois et les philosophes défèquent. Les dames de la noblesse aussi. Ceux qui participent à la vie publique se doivent de respecter les bonnes manières.” “Et les rois et les philosophes fientent, et les dames aussi. Les vies publiques se doivent à la cérémonie

“Mais moi, qui mène une vie anonyme, loin du regard des autres, je puis faire tout ce que la nature permet. Soldat et Gascon, voilà qui m’autorise à manquer quelque peu de retenue.” “La mienne, obscure et privée, jouit de toute dispense naturelle ; soldat et Gascon sont qualités aussi un peu sujettes à l’indiscrétion.”

“J’ai donc toute liberté de dire ce qui suit au sujet d’une telle action : d’abord, il faut l’accomplir régulièrement, à heures fixes dans la nuit, et, comme je le fais, en prendre l’habitude et ne pas y déroger.” (p. 200) ”Par quoi je dirai ceci de cette action : qu’il est besoin de la renvoyer à certaines heures prescrites et nocturnes, et s’y forcer par coutume et assujettit, comme j’ai fait.” (p. 778)

Echolalies sur les belles infidèles . Vie et évolution du même texte. Est-ce que le sens évolue en même temps que l’époque qui le lit ? Extraits du chapitre De l’éducation, le texte en noir est une traduction en français de la version japonaise des Essais de Montaigne, parue sous le titre de : Vivre à propos aux éditions Flammarion en 2009, sous la direction de Pascal Hervieu. Celui en bleu, de texte, est une mise en français moderne par Claude Pinganaud, édition parue aux éditions Arléa.

Belles infidèles ? Lisons le texte original, enfin, celui datant de 1595 pour la version Pléiade de Jean Basalmo, Michel Magnien et Catherine Magnien-Simonin, Gallimard, 2007. Vie et évolution:

“Il n’est desir plus naturel que le desir de coignoissance. Nous essayons tous les moyens qui nous y peuvent mener. Quand la raison nous faut, nous y employons l’expérience.

Per uarios usus artem experentia fecit :

Exemplo monstrate uiam.

(L’expérience a par diverses pratiques constitué les arts, l’exemple montrant le chemin.” (p. 1111)

[...]

“Et les Roys et les philosophes fientent, et les dames aussi : Les vies publiques se doivent à la cérémonie : la mienne obscure et privée, jouit de toute dispense naturelle : Soldat et Gascon, sont qualitez aussi, un peu subjettes à l’indiscrétion. Parquoy, je diray cecy de ceste action : qu’il est besoing de la renvoyer à certaines heures, prescriptes et nocturnes, et s’y forcer par coustume, et assubjectir, comme j’ay faict.” (p.1133)

Tout bouge ! Ne vous dirais pas quelle version a ma préférence. Un indice : j’aime la musique d’un texte… Et vous invite, en ce dimanche, à lire Montaigne ou bien à lire ceux qui s’en sont inspirés.Une recherche sur Montaigne dans Publie.net, nous mène à des auteurs qui ont fait lien avec Michel. Bonnes lectures et bon Dimanche.

Ainsi finit cette flânerie, “Il faut bien bander l’ame, pour luy faire sentir, comme elle s’escoule.”

Silence.

Echos en Duo : lecture non linéaire que celle des corps des deux amants…

“A la différence de la lecture des pages écrites, la lecture que  les amants font de leur corps (de ce concentré d’esprit et de corps dont les amants font usage pour aller au lit ensemble) n’est pas linéaire. Elle commence à un endroit quelconque, saute, se répète, revient en arrière, insiste, se ramifie en message simultanés et divergents, converge de nouveau, affronte des moments d’ennui, tourne la page, retrouve le fil, se perd. On peut y reconnaître une direction, un parcours orienté dans la mesure où elle tend à un climax, et ménage en vue de cette fin des phrases ryhtmiques, des scansions métriques, des récurrences de motifs. Mais le climax est-il véritablement son but ? La course vers la fin n’est-elle pas plutôt contrariée par une autre tendance qui s’efforce, à contre-courant, de regarder les instants, de récupérer du temps ?

Si l’on voulait représenter graphiquement l’ensemble, chaque épisode, avec son point culminant, exigerait un modèle à trois dimensions, peut-être même à quatre – il n’y a pas de modèle ; aucune expérience n’est répétable. Ce par où l’étreinte et la lecture se ressemblent le plus, c’est ceci : en elles, s’ouvrent des espaces et des temps différents de l’espace et du temps mesurables.”

[Si par une nuit d'hiver un voyageur / Italo Calvino. - Editions du Seuil, 1981. - (Points). - p.167]

“Mais comment savoir avant l’expérience ? Il ne faut donc rien rejeter. Les yeux, les gestes, tout est trompeur et surtout la beauté. Une femme n’est pas belle, elle le devient à force d’être aimée, et ne le sera pleinement qu’en la mesure où elle prend part au festin. Ce n’est pas une page de confession que je vous envoie, mon amie, mais vous comprenez cependant qu’en ces choses on ne peut parler que d’après sa propre expérience et d’après ses propres tendances. Il faut de grandes précautions pour affirmer que les modes d’un acte aussi secret que l’amour sont ou ne sont pas selon la vérité universelle. Je vous dirai, d’ailleurs, que la seule vérité que je reconnaisse, c’est la mienne. Il n’y a pas de science de l’amour ; il n’y a qu’une série de faits particuliers qui ne se rejoignent que par ce qu’ils ont de plus général et de plus banal. Par conséquent, il n’y a pas non plus de science de l’homme, ni de science de la femme. On est là dans l’inconnu et dans l’illusion. Même, on erre quand on veut s’analyser soi-même…”

[Lettres à l'Amazone / Remy de Gourmont. - Mercure de France, 1922. - p. 167]

Echos en duo… hasard des lectures du soir… à la page 167…

Silence