“Mais l’oeil de la pensée est supérieur à l’oeil du voir” (Michel Cassé)

“Mais quelle est l’origine de cette éclairante discipline [L'astrophysique] ? Galilée observant des montagnes sur notre satellite y vit imperfections et ratures. Il s’écria “la lune est terreuse” et c’était juste. Aujourd’hui nous renversons l’argument et disons la Terre est céleste, et ce n’est pas faux, l’astrophysique en amène la preuve tous les jours : l’intelligibilité du ciel s’accroît jusque dans ses confins. D’un coup d’oeil et d’un seul  il fit exploser les sphères cristallines d’Aristote et effaça la frontière entre le ciel supralunaire, réputé éternel , incréé, et le ciel sublunaire de la déchéance et de la mort, centré sur la Terre corrompue. Le changement radical de cosmologie consistant à passer du monde clos à l’univers infini fut parachevé par Newton. Il expliqua la mécanique du ciel au moyen d’une loi d’attraction universelle agissant au sein d’un espace infini (selon lui l’organe sensible de Dieu). Il cherchait Dieu dans la nature mais n’a laissé derrière lui qu’un univers d’horloger.

Le concept dynamique de succession se substitue à la simultanéité divine, et nous mettons l’accent sur la dimension temporelle, là où le terme d’univers pouvait paraître insister sur la dimension spatiale, volumique de la perception. L’univers ne peut être conçu sur le modèle de la chose, c’est un ordre à retrouver et cet ordre est temporel. L’univers est autant histoire que cosmographie. Cosmographes et historiens, unissez-vous ! Non parménidien, le ciel n’est pas à l’abri de la flèche temps, il n’est pas quintessence immuable préservée pour l’éternité, il est soumis au changement. Depuis l’astrophysique et la cosmologie sont devenues des théories héraclitéennes de l’évolution du ciel et de son contenu. Dans la grande mosaïque de l’univers voilà l’homme enchassé, tesson du vase brisé dont il conserve l’étincelle. L’astrophysique situe l’homme dans l’espace et le temps. Nous sommes entre deux lumières ou deux vides, si l’on préfère, ceux du commencement et ceux de la fin, ou, si l’on insiste, entre deux singularité, Big-Bang et trou noir.

L’homme est atomiquement grand mais cosmologiquement petit. En dimension et âge, il est poussière. Vieux le Ciel : nos ancêtres y vivaient déjà, la lune, les étoiles, la nuit… Vaste, vieux et froid : l’univers est vaste (parce qu’il est vieux et en expansion, et pour cette raison il est froid) infini peut-être il s’étend encore. Les sciences et les cultures du ciel ont été affectées par des mutations profondes dans leurs pratiques et la place qu’elles occupent dans l’imaginaire. Le vide occupe dorénavant le sommet logique et cosmique du discours, l’univers s’est transmuté en plurivers, le un a explosé en multitude et l’homme en astro-homme. Et la tête entière de l’astrophysique est tournée vars la métamorphose du faux vide en vrai vide. La cosmologue entre dans son siècle baroque et pétillant. Mais la vie obstinée demande reconnaissance. La vie n’est pas un songe.”

Préambule (extrait) – Astrophysique / Michel Cassé ; préface d’Hubert Reeves. – Ed. Jean-Paul Bayol, 2011. – (Collection Comprendre). – p. 10-11.

Quand vous sortez de la lecture de ce livre, vous avez du mal à retrouver ce que l’on appelle le réel. Pourtant ce livre ne parle que de cela. Pour comprendre (ou tenter de comprendre) les théories et travaux en cours autour de l’univers, enfin de tous les univers (plurivers). A lire… sous la plume poétique et humoristique de Michel Cassé… Silence

Surprises diésées

Des images qui vous bouleversent sans que vous ne sachiez pourquoi. Des mots qui vous touchent sans que vous ne vous y attendiez. Des notes de musique, diésées, qui vous élévent d’un demi-ton. Des jours ainsi chargés de tonalités inattendues. Entre les cumulus, migrent les cigognes. Des chemins dans ciels qui se dessinent comme une évidence. Il suffit de passer sous le pont et c’est l’entrée dans un  monde nouveau, rêvé. La vie est ainsi faite qu’elle vous surprend en permanence et surtout quand vous n’aviez rien prévu. La marée dans les nuages et un baron perché sur un arbre…

Silence

Le poète est mort, vive le poète !

Prions, en silence, en musique, en mots d’Amour, chacun à sa mesure et selon son niveau de conscience de l’être, pour celui qui ne priait pas chez les ” faussaires de Dieu ” (comme chantait son ami Claude Nougaro), pour la paix de l’esprit du bel et grand Allain Leprest.
 
Il m’a donné la foi en ce travail d’artisan du verbe, attentif au sublime quotidien, d’apprenti sorcier des métaphores, du fraternel généreux, de l’universel et immuable qu’il ressentait si follement sous les apparences de coco enragé, d’athée dogmatique.
 
Je n’oublierai pas, quand je suis ” monté ” voir Allain, alors en lutte contre la maladie, au Picardie d’Ivry-sur-Seine – bistrot, cabaret, cour des miracles où il avait installé l’un de ses bureaux d’auteur et dont il avait fait l’un de ses temples aux ivresses – après un silence prolongé au comptoir anisé, lui avoir dit “Le premier qui passe fait un signe à l’autre?” Surpris, figé, après encore un silence, il m’a répondu, l’oeil grave, ému (lui qui chantait ” Je ne te salue pas / Toi qui te crois mon Dieu / Athée j’habite en bas / De ton toit prétentieux “) : “ D’accord “.
 
Alors c’est d’accord Allain. Je serai attentif à tes signes, éternel amoureux de tes vers, de ta voix d’Homme. ” C’est peut-être Mozart “, qui m’emportait la nuit de ta mort, que tu rejoins, comme Rimbaud avant toi, et tous les humbles anonymes, “ pacifistes inconnus “, ceux qui aiment sans besoin de ” tous les faux je t’aime du monde ” (Philippe Léotard).
 
Tu es là, Allain,  et, une fois n’est pas coutume, ne m’en veux pas de cette impudeur et crois en ma sincérité : je t’aime. A toujours.
 
 
Louis Lucien Pascal
http://www.louislucienpascal.com

J’accueille Louis Lucien Pascal pour un hommage à Allain… Ces deux là étaient fait pour se rencontrer, tous les deux amoureux du verbe…  Allain, qui lors de son concert, à la Médiathèque de Saint-Raphaël, avait accueilli Louis pour une belle première partie où Allain était venu rejoindre son collègue chanteur. Un beau moment. Merci pour ces moments ensemble…

Silence

 

le son de lune

” La première chose, à part le corps de Rose, qu’à aimée Nicholas, c’a été la lune. Et j’ai tellement aimé ça en lui : ça me l’a rendu poétique, substantiel, comme je ne croyais pas qu’on pouvait l’être avant trente ans. Lorsqu’il voyait la lune dans un livre d’images, comme le très célèbre et très beau Bonsoir, lune ( ’ Bonsoir, l’air ‘, dit la page que je préfère, vers la fin), il s’exclamait, ‘ A–une ! ‘ et il levait les yeux vers moi, l’air excité, pour obtenir une confirmation pendant qu’il frappait la page de son petit index. Je hochais la tête en disant, ‘ Oui, c’est la lune. ‘ C’était un mystère pour moi, le fait qu’il puisse reconnaître la lune dans ses différentes phases, à la fois dans les livres et, maintenant qu’il est plus grand, dans le ciel ; je me demandais comment il savait que les cercles et les croissants vers lesquels il pointait le doigt si furieusement étaient le même objet. Certains soirs, il me forçait à l’emmener à chaque fenêtre de la maison de Rose pour traquer la lune, son visage devenait très sérieux, et il faisait son regard timide par en dessous, fixant avec anxiété le ciel nocturne. Lorsqu’elle était là, il disait, le doigt pointé sauvagement : ‘ A–une ! ’ Parfois, lorsqu’il se réveillait en pleurant au milieu de la nuit, j’allais dans sa chambre, je  me penchais sur son berceau pour lui caresser le dos et je disais, ‘ Tu veux voir la lune ? ’ et il lui arrivait d’être déjà rendormi au moment où je le prenais dans mes bras et l’emmenais devant une fenêtre. Je crois qu’il était rassuré par le son du mot ’ lune ‘, qui est, je l’ai réappris ainsi, aussi apaisant que la chose elle-même. “

(L’Etreinte fugitive / Daniel Mendelsohn. – Flammarion, 2009)

Silence.

C’est jour de pleine lune ce soir. Amie du jardinier.

Où se cache la gaité ?

” Où se cache la gaité ? Au Japon, peut-être. Ailleurs, toujours. ”

( La danse de Nietzsche de Béatrice Commengé. – Gallimard ; L’infini, 1988)

Contrairement au deuxième principe de la thermodynamique, le peintre, le poète, le photographe ou encore le danseur voudraient que l’énergie mise en place dans une oeuvre d’art, dans leurs oeuvres d’art, aille du froid vers le chaud, du dispersé vers le concentré et du désordonné vers l’ordonné. Tout en conservant le déséquilibre nécessaire à la marche, déséquilibre qui est la vie même, et contraindre les flux nourriciers qui nous transforment en permanence… maintenir un état de fièvre… entretenu…

Les maladies sont. Nous ne les faisons, ni ne les défaisons à volonté. Nous n’en sommes pas maîtres. Elles nous font, nous modèlent. Elles nous ont peut-être créés. Elles sont propres à cet état d’activité qui s’appelle la vie. Elles sont peut-être sa principale activité. Elles sont une des nombreuses manifestations de la matière universelle. Elles sont peut-être la principale manifestation de cette  matière dont nous ne pourrons jamais étudier que les phénomènes de relation et d’analogie. Elles sont un état de santé transitoire, intermédiaire, futur. Elles sont peut-être la santé même

Le peintre, le poète, le photographe ou le danseur voudraient guider la marche de leurs vies et parfois, de nos vies, nous, qui écoutons, voyons, lisont, entendont… bref, vivont. Avec fraîcheur, ils veulent constamment comprimer le temps et l’espace, garder une trace ou un éphémère moment de grâce : leurs oeuvres, à la fois,  jeux d’imagination pour créer un lien, conserver le dialogue… et paradoxalement, manières de devenir gardiens du désordre. ” Vivre c’est être différent

Tout bouge, tout vit, tout s’agite, tout se chevauche, tout se rejoint. Les abstractions elles-mêmes sont échevelées et en sueur. Rien n’est immobile. On ne peut pas s’isoler. Tout est activité, activité concentrée, forme.

La gaité, alors ? La divine alliée du désordre, divine gaité qui fait que nous respirons… et partageons le même air. Une chance. La santé, même, a dit le poète… Il a rajouté : ” J’aime perdre mon temps. Aujourd’hui, c’est la seule façon d’être libre.

Silence

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En dehors de la première phrase, tous les extraits en italique proviennent du Moravagine de Blaise Cendrars, paru chez Grasset, en 1926.

J’ai longtemps cru au malheur, à la faute, à la culpabilité.

J’ai longtemps cru au malheur, à la faute, à la culpabilité. Mon éducation, ma famille, voire ma civilisation ont érigé cet enfer comme la vertu cardinale, l’issue de secours à cette destinée qui nous dépassera toujours. Nous sommes destinés à rester aveugles. Au moins le temps où nous digérerons, enfin, notre histoire. Le bonheur aujourd’hui est comme une pilule pour ne pas attraper le malheur. Il n’est pas vraiment construit, car bâti justement sur nos erreurs et non sur nos réussites. Il est l’utopie, le bout du chemin. Il n’y a que le langage qui nous mènera vers cet Eden. Mais évoquer l’Eden, c’est retomber dans un schéma suranné. Il faut inventer d’autres mots, d’autres images. Imaginer d’autres possibles. Changer notre mode de pensée.

Silence

Lumière et pesanteur

« Deux forces règnent sur l’univers : lumière et pesanteur.

Pesanteur. — D’une manière générale, ce qu’on attend des autres est déterminé par les effets de la pesanteur en nous ; ce qu’on en reçoit est déterminé par les effets  de la pesanteur en eux. Parfois cela coïncide (par hasard), souvent non. »

Simone Weil : la pesanteur et la grâce, 1948

Celui qui contemple

Il est assis devant l’abime, écoutant les silences de l’infini. Il a une certaine excitation à regarder et écouter les bruits de déplacements des nuages. Leurs fuselages qui fendent l’air. Ces milliers de potentielles gouttes d’eau qui passent au-dessus de sa tête dans le ciel bleu. Des lignes se dessinent qu’il n’imaginait pas auparavant. Soudain, une sorte d’éclair ou un craquement, il n’a pas bien perçu, puis une fissure qui se dessine sur le rocher, brut et dur, gris et terne, laissant apercevoir le magma incandescent qui s’agite par la fêlure. Et le chemin qui s’ouvre…

Pierre Ménard – Kyoto – Fév. 2011

Silence