“Note finale” par Remy de Gourmont (PG, 106) : Une nuit au Luxembourg (1907), 16

On trouva M. James-Sandy Rose assis à sa table de travail, la tête appuyée sur son pupitre. Il semblait dormir, et il était mort. La plume, échappée à ses doigts, avait roulé à terre en laissant sur le papier une large tache d’encre. Après le mot vivre vient la première lettre d’un mot qui s’achève en un trait serpentin. Cette lettre est sans doute un V, et peut-être, ce qui est assez dans sa manière, allait-il recommencer une phrase avec ce même mot Vivre, quand la mort l’a terrassé.

Tout ceci a peu d’importance. D’ailleurs, nous donnons le fac-similé de là dernière page de ce manuscrit dont l’aspect singulier a sans doute une valeur psychologique.

 

On a vu plus haut que la mort de M. J. Sandy Rose fut relatée par les journaux sous le titre de « Mystère de la rue de Médicis »,

Leur récit, sans être tout à fait inexact, était fort incomplet. Voici avec précision ce qui est arrivé, ou du moins ce que j’ai vu et ce que j’ai su.

Sandy Rose passait chez moi presque tous les jours, vers cinq heures, en allant à la poste. Je demeure rue de Tournon, au fond d’un vieux jardin. Nous sortions ensemble, dînions ensemble souvent. Le 11 février, un dimanche, ne l’ayant pas vu depuis trois ou quatre jours, je me décidai à aller chez lui. Il était trois heures et demie. La concierge, d’abord, me dissuada de monter, assurant que M. Sandy Rose était en voyage. Un paquet de lettres et plusieurs télégrammes l’attendaient.

— Et s’il était malade ? dis-je. Et s’il était mort ?

— Oh ! Mais comment savoir ? Comment ouvrir ? Il faudrait un serrurier, des témoins, le commissaire…

Sans répondre, je me jetai dans l’escalier. Arrivé devant la porte, au cinquième, je sonnai, je frappai très fort, puis je me baissai pour regarder par la fente, ou par le trou de la serrure, pour coller mon oreille. Il faisait sombre. Un morceau de fer m’entra dans l’œil. La clef était sur la porte.

A ce moment, j’entendis la voix de la concierge qui m’avait suivi :

— Eh bien ! vous voyez !

— La clef est sur la porte.

— Impossible, elle n’y était pas hier soir, et il n’est certainement pas rentré.

— Tenez !

Et je tournai la clef. La porte s’ouvrit. L’appartement se composait de la cuisine, à gauche en entrant, et de trois pièces en enfilade, le long de la rue. Nous ouvrîmes encore trois portes. La dernière nous laissa voir le spectacle dont j’ai parlé.

La mort était récente. Le corps était froid, mais non glacé, et les doigts de la main droite, qui pendait le long du fauteuil, étaient encore souples. Plus tard le médecin déclara qu’au moment de ma venue la mort devait remonter à environ douze heures.

Deux jeunes employés, deux frères, qui habitaient une chambre voisine, rentrèrent à ce moment. Nous envoyâmes l’un d’eux quérir la loi, et l’autre resta près de moi, pendant que la concierge regagnait sa loge.

En attendant les constatations officielles, j’inventoriai de l’œil la chambre de mon ami. Son aspect me parut singulier. Le lit, un grand lit à colonnes, très large et presque somptueux, seul luxe, d’ailleurs, de ce garçon sentimental et libertin, le lit était ravagé. Il avouait une nuit d’amour frénétique ou un accès de fièvre hallucinatoire. Les couvertures pendaient, les oreillers étaient l’un au milieu, l’autre aux pieds du lit ; deux bougies, au chevet, s’étaient consumées entièrement. Sur un divan, des habits d’homme étaient jetés et, parmi ces habits, je découvrais une robe de femme, de forme antique ou plutôt empire, une sorte de peignoir en drap blanc spongieux, très fin, avec une ceinture froncée et beaucoup de broderies jaunes et bleues, et beaucoup de dentelles. J’aperçus aussi des bas de soie blancs tout unis, et des jarretières jaunes à boucles de strass, ainsi qu’une mule en maroquin bleu ; je ne trouvai pas l’autre.

Les habits d’hommes étaient ceux de mon ami, qui était actuellement vêtu d’un costume de flanelle grise et d’une robe de chambre brune. Rien de plus simple. Mais la robe, mais les bas de soie ? Sandy Rose se plaisait-il à vêtir magnifiquement sa maîtresse, avant de la dévêtir ? La présence d’une femme, insinuée par le lit, semblait bien prouvée par ce costume de théâtre. Les bas avaient été mis ; on avait même marché nu pied avec l’un d’eux, sans doute à la recherche de la mule, glissée sous un meuble.

Sur la cheminée, je découvris un grand peigne d’écaillé, un collier de perles, sans doute fausses, un autre d’améthystes, des bagues anciennes et deux bracelets, l’un en tresse d’or, l’autre en camées.

Je poussai une petite porte. L’état de la toilette indiquait qu’on s’en était servi depuis peu . Il y avait encore des gouttes d’eau sur le marbre et les serviettes étaient humides. Un peigne me fit voir des cheveux de femme, blonds, très longs ; une boîte à poudre était ouverte. Dans cette pièce flottait une odeur que je ne pus identifier, quelque chose comme du jasmin poivré, très poivré.

Dans la cheminée de la chambre, une bûche brûlait encore, mêlée à des morceaux de charbon éteints.

Je revins vers la table où s’appuyait la tête morte de mon triste ami. Il semblait dormir et j’en fus content, car il est nécessaire, pour qu’une histoire tragique soit digne, que le mort semble dormir.

Il n’y avait rien sur cette table qu’une quantité de feuillets de papier couverts d’une grande écriture incertaine, rien que cela et un encrier. Le porte-plume était tombé.

A ce moment, le commissaire arriva avec un scribe. On écrivit. Le médecin, survenu, affirma quelque chose.

— Mort naturelle ?

— Tout ce qu’il y a de plus naturel.

Et il montrait alternativement le lit et la table de travail :

— Excès sexuels, suivis d’excès cérébraux. Ces papiers nous donnent peut-être une explication.

Cependant le commissaire, ayant ouvert un tiroir, trouva un testament qui me léguait tout, et le médecin, heureux de ne

rien faire, cessa de ranger les feuillets du manuscrit :

— Je ne vous les dispute pas. J’ai signé, je m’en vais.

La justice confirma bientôt mes droits.

Cependant, je songeais à la femme qui avait revêtu la robe blanche aux broderies jaunes, qui avait chaussé les mules de maroquin bleu. Je la cherchai et ne la trouvai pas. Des bruits singuliers circulèrent, mis en chemin par les journalistes : M. Sandy Rose avait été étranglé par une femme, avec laquelle il avait passé la nuit. Elle était disparue à l’aube, emportant de l’argent, des bijoux. Je n’eus pas de peine à démontrer l’absurdité de cette hypothèse, d’abord, parce que nulle trace de violence n’avait été remarquée par nous sur le corps du défunt, ensuite parce que beaucoup de bijoux précieux furent retrouvés ainsi que, dans le tiroir au testament, non fermé à clef, une quantité de pièces d’or.

Peu à peu, le silence se fit autour de cette anecdocte et je restai seul à y songer quelque-fois.

Il est certain que Sandy Rose est rentré chez lui le jeudi matin 8 février, vers neuf heures, accompagné d’une femme.Il prit son courrier : aucune lettre, aucun papier antérieurs à cette date n’a été retrouvé dans le paquet de dimanche. Il est encore certain qu’il est ressorti avec cette femme vers midi et qu’ils sont revenus vers huit heures, mais cette fois sans parler à la concierge, sans répondre à sa question : « Monsieur Sandy Rose, vous ne prenez donp pas votre courrier ? » Enfin, depuis ce moment, la concierge n’a revu personne, ni Sandy Rose, ni la dame, qu’elle ne connaissait pas, mais dont elle avait remarqué la toilette claire, presque blanche, dit-elle ; et elle ajoute : « J’en fus surprise à cause de la couleur. » Vendredi matin, elle frappa, à l’heure où elle a coutume de venir faire le ménage. Elle frappa encore l’après-midi, sonna : en vain. Il en fut de même le samedi et le dimanche, d’où elle avait conclu à une absence, ce qui n’était pas invraisemblable, car mon ami allait parfois passer une semaine à Menton, et jamais seul.

Ces petits faits, dont je ne puis douter, ne sont pas en contradiction avec certains détails que l’on a lus dans le manuscrit de mon ami, mais je suis loin de les présenter comme une preuve de la véracité de son récit. Je donne d’une part le manuscrit, comme le testament m’y oblige, et, de l’autre, le résultat de mon enquête, comme l’amitié m’y engage : voilà tout.

Je dois noter un dernier détail. Nulle trace de nourriture ne fut trouvée dans l’appartement, hormis des papiers ayant enveloppé des gâteaux, peut-être un pâté, et six bouteilles de Champagne vides. Mais rien ne peut prouver que ces débris soient contemporains de la période qui nous intéresse. C’est cependant assez probable.

Le télégramme dont il est question, page 2, n’a pas été inséré par le Northern Atlantic Herald. On doute même qu’il ait jamais été envoyé. Du moins, les recherches que j’ai faites ne m’ont donné aucun résultat.

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Demain, demain, toujours à 14h, un nouveau Gourmont avec la collaboration d’une photographe qui aime les couleurs… mais chut…

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Histoire muette ou pas tout à fait…

Je…

Je… J’étais là. Assis.  A me demander ce que je pourrai bien écrire de plus. Tout ce que j’avais lu… Ces milliers de pages devant moi, derrière moi… en moi… Tous ces mots qui tournaient à l’infini dans ma tête… Je me demandai bien comment j’allais poursuivre…

J’ouvrais une porte, puis une autre…  me retrouvais face à un abîme…


A chaque fois. A chaque début  d’un nouveau texte, pris d’un grand vertige… et d’une excitation… un désir de bâtisseur…


Une envie de couper le fil… aussi…


Mais non… j’étais un peu comme ce musicien au petit matin qui a joué standards sur standards toute la nuit. C’est l’aurore, un nouveau jour, une cigarette… esquisse un sourire… toujours sourire… le plus possible…


Et l’envie encore de vivre…

L’espoir est une chose dangereuse… à manipuler…


Vivre le moment, entierement… et toujours ces oiseaux qui passaient…

La tête vide… parfois…

Ou, la chute…


dans la mer, comme un désert…

Cela ne durait jamais longtemps cet état. Un train, soudain, fumait au-dessus de la mer…


Mon histoire aurait une chute… sans doute… encore que…  Le fleuve filait, filait continuellement…


Mais pas celle-ci, de fin… trop facile…

Je regardais la télévision qui était allumée. Un film… Ne me souvenais pas du titre de celui-ci… Les départs étaient des arrivées, on allait quelque part… on ne savait pas où, on cherchait…


Je n’étais pas vraiment inquiet, tous les personnages  me portaient… guidaient mes ubiquités…


Je pouvais imaginer celle qui viendrait sur le banc poursuivre la lecture du livre abandonné,


Je pouvais les fixer où je voulais mes personnages… donner à entendre ma musique…


Inventer des situations improbables, 2001, l’odyssée de l’espèce…


Créer une ambiance : choisir Seven seas, le poser sur la platine, écouter… au hasard, un titre qui nous rapprocherait… prendre, offrir, prendre, offrir… cette énergie de ce titre là, la la


Intégrer le monde réel, l’histoire des hommes et de leurs fantasmes, celle des personnages imaginaires ou réels ou qui avaient joués des personnages imaginaires… et le décalage qu’ils vivaient quand ils étaient revenus sur terre. Simples mortels… Anges sans ailes… Elle…


Convoquer des souvenirs d’enfance, vieille antienne… trouver de nouveaux angles… désincarcérer ce vélo prisonnier de l’arbre qui a continué à croître… la vie qui jamais ne cesse… cette excitation de vivre…


Faire apparaître périodiquement un personnage récurrent… la répétition du motif, légérement différent à chaque fois… Montrer qu’on joue… petite musique répétitive…


Tout cela, je pouvais. J’étais assis à mon bureau devant la machine à écrire du siècle précédent…

Je me moquais de la technologie d’aujourd’hui. N’avait pas envie de penser ainsi. Mes cauchemars étaient peuplés d’ombres et de chiffres… tenter de comprendre les mécanismes…


Je comptais des têtes, des milliers de têtes, des têtes de poupées et je ne savais pas pourquoi…

 Les rêves de chute étaient toujours accompagnés de ce type de comptage, et l’infini faisait son entrée en scène…

Je rêvais souvent de spirales et de glissades… agiles… de légéretés et de vitesse…

Les oiseaux toujours m’accompagnaient dans mes flâneries vélocipédiques…

J’allais très certainement raconter tout cela ou… pas…

J’avais envie de rejoindre celle qui… me recomposait…

Avant ou après, boire une bière en sa compagnie, parler, raconter, écouter, entendre ce qu’elle me dirait…

Elle retournerait à ses occupations. Je resterais assis sur le banc à rêver. Tous mes personnages seraient autour de moi…

Je resterais longtemps ainsi… L’histoire cheminerait… Elle commencerait par une simple scène : un enfant qui regarderait les oiseaux sur des rochers sur le bord de mer.

A suivre…

Silence.

Cette nouvelle est accompagnée de photographies de ma collection, photographies piochées ici ou là lors de mes promenades dans le grand nuage. Merci aux photographes…

Oloé : “…l’écrivain que j’admirais le plus au monde, tenait de la Bête : Remy de Gourmont. Mais ce n’était là que la carcasse.” par Blaise Cendrars

“J’aurais pu l’être, mais je n’ai jamais été des intimes de Remy de Gourmont. Et pourtant, depuis quarante ans, je ne crois pas avoir publié un livre ou un écrit sans que son nom y figure ou que je ne le cite d’une façon ou d’une autre. C’est dire comblien profondément j’ai subi l’emprise du maître que je m’étais choisi à vingt ans. Tout ce que j’ai appris dans les livres c’est à des livres que je le dois car j’ai lu tous les livres qu’il cite, mais j’ai surtout appris dans la fréquentation de ses propres ouvrages l’usage des mots et le maniement de la langue. Un livre comme Le Latin mystique a été pour moi une date, une date de naissance intellectuelle. Je la célèbre tous les ans en m’achetant un tome de la Patrologie, mais aussi en souvenir de l’antiphonaire qu’il portait ce jour-là sous le bras et qu’il emporta chez lui, 71, rue des Saints-Pères, où je le vis disparaître. Mais l’ex-conservateur de la Bibliothèque Nationale était trop homme de lettres pour pouvoir m’enseigner la vie, malgré Le Joujou patriotique qui venait de lui coûter sa place à la Nationale, j’y étais déjà plongé jusqu’au cou, engagé, pas dans la politique, mais luttant, emporté par le grand rythme de la vie. Et c’est pourquoi, le lendemain, quand je le rencontrai encore une fois sur les quais, je l’abordai franchement et il me suivit au cinéma, place Saint-Michel. Remy de Gourmont n’avait encore jamais mis les pieds dans un cinéma ! On y donnait entre autres choses un documentaire sur les chutes du Zambèze et plus que les porteurs nègres et les négresses Remy de Gourmont parut intéressé par une branche d’arbre coincée entre deux pierres qui resistait dans le courant et il me demanda si je croyais que les terribles rapides finiraient par l’arracher. C’était un enfant. Le surlendemain, c’est lui qui m’entraîna chez lui et je vis la tanière du maître tapissée de livres du haut en bas, sa table furieusement en désordre, une pile de papier blanc à gauche du sous-main où il passait ses nuits à écrire et une pile de papier noirci à la droite. C’était sous les toits, un étroit grenier, pas commode et inconfortable. C’est curieux comme les écrivains ont besoin de se fourrer dans une trappe où ils ne sont pas à l’aise comme pour mieux se contraindre d’écrire et comme pris à leur propre piège, ce qui prouve que l’écriture n’est pas un don naturel mais une longue discipline qui s’acquiert. Tous ceux que j’ai connus étaient logés à la même enseigne et, aujourd’hui, c’est à mon tour de m’être mis à l’étroit. En montant à son septième étage Remy de Gourmont m’avait demandé de retirer mes chaussures pour ne pas faire de bruit. Il était à peine six heures du soir. Lui-même avait retiré ses souliers de curé et c’est en tapinois que nous pénétrâmes chez lui. Je me demandais s’il avait quelqu’un de malade. Son logis sentait la pharmacie ; mais cela sentait aussi le pissat de chat, la valériane ou l’huile de Harlem. Comme chez l’ami Lerouge j’avais hâte de filer pour me rincer la gorge au bistrot du coin. Je lui donnai mon épine d’Ispahan que j’avais apporté pour lui et j’eus à insister pour qu’il l’acceptât. En échange, il me donna un exemplaire de La Vie des mots d’Arsène Darmesteter tout rempli d’annotations de sa main. Je sortis confus et j’oubliai de retirer mes chaussures en redescendant. Au bruit que je fis en passant, la porte donnant sur le palier du sixième s’entrouvrit, une femme passa son buste dans l’entrebaîllement et éclata d’un rire méprisant. Elle n’était plus toute jeune, outrageusement maquillée et recouverte de bijoux. Mais elle avait dû être belle. Etait-ce la fameuse Mme de C…, son égérie, dont je connaissais l’existence ?

Je ne suis jamais retourné chez Remy de Gourmont. J’étais trop occupé de mes amours avec Antoinette, la fille du scaphandrier ; puis je suis encore retourné en Russie et ai mené MA VIE. Je ne lui avais pas donné mon nom. J’avais trop de respect pour lui faire adresser les petites revues auxquelles il m’arrivait de collaborer sous tel ou tel faux nom, La Foire aux chimères, Les Actes des poètes et un journal estudiantin dont j’ai oublié le titre qui publiait des poèmes dont j’étais immensément fier et qui ne valaient rien ; de même je ne lui ai pas adressé davantage mes premières plaquettes signées, par discrétion et par un absurde sentiment de pudeur. Je m’étais détaché de lui, mais je restais sous son influence morale comme on reste longtemps fidèle, tout au moins dans le souvenir, à la vieille guerre de 14, au Café de Flore, comme je l’ai mentionné dans La Main coupée et je lui ai alors raconté comment j’avais tué un lépreux. Si le policier présent à cette dernière entrevue savait peut-être qui j’étais, Remy de Gourmont ne s’en est jamais douté. Je sais qu’une indiscrétion a été faite alors que j’étais au front et, naturellement, par une femme, ma femme, trop heureuse de soumettre au maître les plaquettes, que j’avais publiées, dont la grande édition du Transsibérien, et de papoter et d’intriguer avec la maîtresse et avec l’amie de Remy de Gourmont, sa vieille égérie de toujours et sa plus récente inspiratrice, Mme de C… et miss B…, une richissime Américaine, bas-bleu et tout et tout, et d’intéresser de si grandes dames de lettres au sort de son mari-soldat. On ne sait jamais ce que cela aurait pu donner que ce mélange détonnant de mondanité et de littératur si je n’avais été victime d’un autre genre d’explosif. Voici le type même de l’offense secrète qui empoisonne lentement la vie de deux êtres et qu’aucun juge présidant une affaire de divorce ne veut connaître, qualifiant cet impondérable qui rend la vie à deux désormais impossible d’inconsistant. Comme s’il n’y avait pas des atomes crochus ! Il lui faut des griefs caractérisés, des sévices graves. Il y faudrait un prêtre ou l’aide de Dieu. Mais…, tout est depuis longtemps entériné.

… pardonnez-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés… Rien n’est aussi étranger à la nature de l’homme que le pardon de l’offense et le pardon le plus sincère s’arrête en bordure de l’offense mortelle et se situe en marge de sa démangaison cuisante. Qui se gratte longtemps s’envenime.

J’ai été très impressionné d’apprendre que Remy de Gourmont est mort le jour où j’allais perdre mon bras, le 27 septembre 1915.

Il avait 57 ans.

Il était lépreux.

Quelle était la couleur de ses yeux ? C’est curieux, je n’arrive pas à me le rappeler, mais je vois briller, comme jamais je ne l’ai vu de son vivant, son regard desespéré, l’oeil animal de la souffrance, la Douleur de vivre, ce même regard d’hypnose que m’avait déjà jeté le vieux lépreux de Naples…”

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Blaise Cendrars. – Extrait de Paris, Port-de-Mer, pp. 334-337. – Bourlinguer (1948) in tome 9 des oeuvres complétes Tout autour d’aujourd’hui. – Denoël, 2003.

Notule pour aller plus loin :

D’un Gourmont l’autre. Le premier des masques de Blaise Cendrars par David Martens. (sur Fabula.org)

Et nous n’oublierons plus jamais

« Et nous n’oublierons plus jamais. » Au Spitzberg, banquise fondue. Réchauffement climatique ? Ici : aussi. Mer navigable. Temps séparation révolu. Rirons plénitude retrouvée. Prend navire. Avion. Tramway. Vélo. Ou planche à roulettes. Dévale pentes vers. N’oublie pas ouvrir porte. N’aime pas digicodes. Dirai bonjour. Sourirai. A tous. Toux. Pardon. Fais froid Spitzberg. Reprend souffle. Attend. Soleil. Lumières du Nord. Migrations. Reviens du froid, du silence, des torpeurs, de l’engourdissement. Pouvoir enlever moufles et enfilades de vêtements. Retrouver épaisseurs normales. Peau au soleil. En terrasse. Se chauffer. Boire café. Tu veux un sucre ou deux ? « Et nous n’oublierons plus jamais. » Cette éternité désormais. Ces icebergs, qui nous empêchaient de voir. Léthargiques congelés, sommes devenus par force. Fonctions vitales de retour. Afflux de sang. Joues rosées. Du matin. Nez encore froid. Bisou esquimau risqué encore. Rire aigu. Lorsque l’enfant était enfant. Me souviens enfant, on disait esquimau. Quand le camion mettait sa musique enchantée. Courrions vite. Quelques francs en poche. Italienne, la glace, préférée. Les esquimaux. Maintenant, inuit. Le terme « indigène » dit Le Robert. Toujours un peu méprisant ces définitions d’un autre temps. Inuit. Veut dire Homme. Je suis Homme. Tu. Plus froid. Maintenant. Reviens à l’origine. Dans ces solitudes, voir toutes les nuances du blanc, pas facile. Apprendre à distinguer. En retirer un regard, différent. Plus froid. Maintenant. Plus froid. Maintenant…

Silence

Faire signe: journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 18

Avant l’aube

Avant l’aube, je ne vis pas. Une main. Paupières closes. Parfois, rêve. Pas, toujours. Existe ce moment – l’acmé – ce point culminant où l’on choisit. Choisit d’allumer la petite flamme. Cette flamme. Cette flamme d’acmé. Qui ne s’éteint pas si on ne le souhaite pas. Corps qui s’aiment hantent / mes lascives imaginations / de l’ombre et de la lumière /jaillissent d’innombrables torrents… Se diriger vers l’acmé… pas besoin… pas nécessaire… simplement, suivre le chemin… confiance dans le pas, de lui, de elle… Cette flamme qui nous tient en état de curiosité ou d’éveil ne s’allume qu’après avoir cheminé. N’est pas innée. Du temps, nécessaire. De l’expérience, indispensable. Mais, flamme de volonté.  Longtemps, attendu. Corps qui s’aiment hantent / mes lascives imaginations / de       l’ombre et de la lumière /jaillissent d’innombrables torrents / qui se dirigent vers la mer… Avant l’aube, je ne te connais pas. Soleil qui monte. Te vois. Enfin. Ta voix, d’abord. Ecrite, puis entendue. Ton sourire. Ecrit, puis entendu. Enfin. Te vois. Soleil qui monte. Après l’aube… naissance. Demains. Fleur de l’acmé… Seeds of…

Silence

Pour que rêverie se poursuive

Aucun comportement adulte, possessif, ou dominateur entre nous.” (Rezvani. – Le Testament amoureux)

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“Pour qu’une rêverie se poursuive avec assez de constance pour donner une oeuvre écrite, pour qu’elle ne soit pas simplement la vacance d’une heure fugitive, il faut qu’elle trouve sa matière, il faut qu’un élément matériel lui donne sa propre substance, sa propre règle, sa poétique spécifique. Et ce n’est pas pour rien que les philosophies primitives faisaient souvent, dans cette voie, un choix décisif. Elles ont associé à leurs principes formels un des quatre éléments fondamentaux qui sont ainsi devenus des marques de tempéraments philosophiques. dans ces systèmes philosophiques, la pensée savante est liée à une rêverie matérielle primitive, la sagesse tranquille et permanente s’enracine dans une constance substantielle. Et si ces philosophies simples et puissantes gardent encore des sources de conviction, c’est parce qu’en les étudiant on retrouve des forces imaginantes toutes naturelles. Il en va toujours de même : dans l’ordre de la philosophie, on en persuade bien qu’en suggérant des rêveries fondamentales, qu’en rendant aux pensées leur avenue de rêves.”

[L'eau et les rêves : essai sur l'imagination de la matière / Gaston Bachelard. - Librairie José Corti, 1942. - p. 5]

Pour que rêverie se poursuive, en souvenir de cette lecture…

Silence

devient femme pomme fleur lumière

“Je voulais vivre la peinture – car peindre c’était avant tout pour moi une façon de vivre – et non pas produire des tableaux. Je ne gardais rien de ce qui sortait de mes mains ; les dessins tombaient à terre sans que je me donne le peine de les ramasser ; pendant des mois je peignais sur la même toile que je grattais lorsque la couche en devenait trop épaisse. J’aimais l’acte de peindre, j’aimais la vie qu’imposait l’acte de peindre, j’aimais l’extraordinaire tension qui me mettais en quelque sorte hors de moi lorsque debout devant la toile je n’étais plus moi mais ce qui se faisait sur la toile.

L’acte de peindre est, avant tout, une prise de position sensuelle de l’univers ; une sorte d’identification se produit entre vous et ce que vous cherchez à capturer par l’action de peindre. Le peintre se travestit sensuellement en ce qu’il peint. Il devient femme pomme fleur lumière, je ne connais pas de communion plus complète – à part la fusion de l’amour. Peindre c’est aimer. J’aimais, oui j’étais rempli d’amour pour tout ce que je voyais, pour tout ce que je touchais, je vivais dans une buée d’amour… et en même temps je me tenais à l’écart, parlant peu, ne mangeant presque rien, vivant d’aumônes et de petits vols, posant de temps en temps nu à l’atelier de croquis au rez-de-chaussée de la Grande Chaumière. Je survivais grâce aux uns et aux autres…”

[Le testament amoureux / Serge Rezvani. - Stock, 1981. - (Points). - pp.97-98]

 

Eloge de l’ombre à ma fenêtre de lumière

Séquence 1

De ces jours où rien ne tourne, la lune carrée étrille mon cerveau gourd et pointu. J’avale le vinaigre des mots d’égouts, dans ce tiroir marqué rejet. Aigre attend son doux, en vain..  Alors tirer le rideau, perdre mon nord, ouvrir la bulle.

M’étirer, jeter ce café derrière sa cravate. Lever les yeux, fissures, craquelures, araignée grouillant de ses huit pattes, tricote ma cervelle au plafond, confondue, sur son abdomen ventru. Comment excommunier la bête ? Ouvrir la fenêtre, l’y échapper. Sortir. Songer porte d’entrée, et ces nuées qui déboulent, apercevoir sourire resplendissant, le happer au vol. Les yeux fermés, écrire sur le noir des paupières, OUI !, en lettres majuscules.

A ces liquides excroissances, leurs suites sonores, violentes… J’avale, l’attaque au vol comme sacs d’ordures éclatés, “pigeons”, “microbes”, vaines litanies, motif sur le carreau. Ces susurrées vessies pour ces si minces lanternes, goût d’englué mortel, embétonné. Je pense: “faire les courses”. Au bas de l’escalier, je sens l’appel, un parfum de pin bleu, mêlé de cannelle. Dans un coin de ta boule ranger les mots : bleu, doré, lumière, fragile, agile, accessoirement : prendre le caddie. Et aussi : Ouvrir la boîte aux lettres, espérer, respirer : ce que tu m’inspires. Est-ce que j’ai pris ma liste ? Il est temps de descendre… tant de “vivre” à crier.

Tête en cadre, coincée dans son tranchant châssis, je déclaudique en survolant les marches, claque la porte, prend la rue à contre-vent dans le dos, escarpement, dénivellation, qu’importe, partir loin, loin, loin… Qu’est-ce donc que tu fuis ? Goudron me déporte, m’affranchit, prison derrière, bulle devant. Entre parenthèse : Ne pas oublier le liquide-vaisselle… Mon banc titre : Reprendre son Souffle absolument.

Avance encore, m’assieds, attends. Le voilà, dans cet essoufflement moderne, terne locomotive trainant son disciple au-delà de son accordéon graisseux, puant et lourd. Je me transpose, accorte, bactérie-soldat dans le ventre du monstre, sans escorte. Le fruit est dans le verre et l’acier. Assemblage étrange, parfum de nouveauté.

Séquence 2

Ici ça sent mauvais le vieux skaï tailladé, un rien de produit pour parer la brise débridée, et ce fumet de crasse antique, couvrant l’urique. Le paysage défile dans la poussière des vitres, soleil noir sur écran dépoli de la graisse de l’autre d’avant, l’ombre des géants flanqués comme étau, mais trace la route pourtant.

L’oeil scindé en deux par le noir de l’huisserie qui me bride, que le soleil abat enfin, je me dérive en perspective pour un bain de lumière, et m’envoler, pas trop tôt… Atteindre ton éther, retour sur mon sommeil en trous gorgés de rêves. Là dans les bas-côtés, au rythme de l’engin, mes pieds nus rasant le sol d’herbe et d’Asters garni… mon cadre s’empaysage, je m’hybride à la rangée de fleurs, et d’un arpent de mollet, je m’élance en ton vortex. Me voilà à l’Orient.

Ruisdael  me saisit par les yeux, cyan engaufré de nuages blancs, le gigantesque glissant imperceptiblement dans l’étale, son cortège de lavandières et de linge frais mouillé. L’espiègle, fait des politesses à Cremonini. De frissons, je frise.

Une voix me tire de ma délirante rêverie. M’écorchant au passage du montant de fer, j’aperçois le crachat du rustre et retombe lourdement. Elle, noire, lui, tout petit, parle, raconte pour elle, qui prête oreille comme un pavillon grave, une brèche énorme d’attention. Téléphone sonne, interrompue..: “Oui, je viens.. prépare les pieds de porc, 5 minutes, j’arrive”. Un accent profond et terreux tonne dans chacun de ses mots.

Turner me cueille, joint la conversation, j’en repeins les façades, les survole lentement, l’engin imperturbable poursuit son cahot, augmenté d’un ballon dirigeable.

Le petit encore, de ses yeux qui roulent : -“Tu sais dans le jardin avec la maison de trous en fer et l’autre en bois aussi ? ”- Elle gronde: -“Oui !”- Lui : -“Elle m’a dit que je devais passer par la fenêtre et manger les oiseaux” – Elle, hurlant presque et riant en même temps : -“Jamais, tu m’entends ? Ne faut jamais manger les oiseaux ! ”- De sièges environnants en boxes transfigurés, je vois ces sourires gagner les bouches, se répandre, traînée de bonheur, le cloaque prend des allures de Toscane au petit matin, soleil rasant…

Je pense : Cesser de parer du regard les choses que nous voyons, au risque d’en perdre l’essence. Reprends ma liste, note encore “ Thym, ciboulette, vin blanc, chèvre frais”. Imaginer le tout à belle température, descendre au fond de ma gorge. Et aussi, “suivre les tendres desseins de sa bouche”. Le monstre pile à l’arrêt suivant.. m’envole sous le choc, m’agrippe à la barre comme si c’était un homme.

La voilà qui se lève et passe près de moi, Reine de Saba, derrière gigantesque chargé des histoires du monde et ses enfantements, flanquée de son bout d’homme. Large équarrie, sari d’ébène, baskets anachroniques.. spontanément jaillie du sol. Elle m’intronise du regard. Je m’envole dans le noir strié de sang de sa prunelle, sombre Erythrée. Je sanglote au dedans.

Trop émue, je cherche ma liste de courses, ajoute “chocolat”, et son “point d’exclamation”… Nez en l’air, je salive à cette pensée sucrée moelleuse, l’incisive et la pénétrante, cette saveur, me conduit, oui, là, jusqu’au bout..

Je pense: “Toujours passer la porte, choisir la fenêtre sans hésiter, plonger vers le haut”. Voir de Marcelle, les turquoises, les âcres terres de sienne, les parmes jaunes crémeux, et ces sombres grenats habillés de traits noirs, me fait ce paravent nabi où je me déshabille les yeux… me vois-tu ? J’attends que survienne ta langue de mots qui roulent caresses, tes lèvres qui me les livrent, douce ivresse sur ta rive, flanquées de livres, et me sentir délivrée, libre, je trouve l’instant tellement parfait…

De l’importance de sentir le poids des choses quand elles nous traversent et inversement. Faire Silence pour voir. Mon embrasure douce, je t’érige en propylée, mon possible tendu vers l’enfin. Je note : “Choisir la beauté”. Sortir dans deux arrêtes, poisson d’argent, faire la course entre les rayons, écailles dedans, plus de piquants …

Le monstre féconde le croisement suivant. J’entends Lulua et Baluba chuchoter à mon oreille : “Au figuier, son olivier. Chaque être est en lui-même ce chaos à ordonner, somme de croisements, de forces et de luttes, lien vers cet inconnu, l’autre, ton fil. Et n’oublie pas… : pour accomplir la fête, saisir l’offrande”. Midi, points cardinaux confondus, je me sens à ma place, pivote au soleil… entre ce sol, ce ciel, postérisée…

Séquence 3

Comprendre : prendre ce temps qu’il faut, se laisser traverser par le sens. Je pense : arrête tes métaphores, simplifie. J’écris: “prendre par le menu, aimer avec l’âme, les yeux, puis les mains…  puis les bras…. continuer, pas de fin.” Je quitte la carcasse, façade et boyaux ravalés, et prends en pleine figure le reflet de mon oeil, ce désir étalé devant moi. L’ombre des arbres au sol comme un berceau de lumière.

Quelques marches, la porte, je code, récupère fausse richesse. Dans ma tête,  j’additionne cailloux, choux, mes genoux tremblent encore de tant de précision. Je pense par mes yeux: “Repeindre la rue avec du désir”. “Faire les courses”. “Ah oui… !” “Mais que l’air est tendre entre deux survols”.

Je surfe entre les rayons, légère. Je désemplis : bouteille de vin, beurre, confiture, thym, ciboulette, chocolat, chèvre frais.. “Choisir la beauté”. Salade. Papier griffonné posé sur le tapis, provisions déboulent. “Prendre par le menu. Aimer de toute sa force”. Pain. Liquide vaisselle. -“Elle est bizarre votre liste de course”. – Crevettes. -“Vous la voulez ? ”- “Non mais c’est juste pour dire”. Aneth. Je souris, elle aussi. Je repars, sur ressorts…

Séquence 4

A l’arrêt, Bonnard extrait de son agenda le temps qu’il fait. Bleu léger, nuages mauves, touche de pluie, soleil sur les bords. Noter soigneusement : “Si tu le veux, il fera toujours beau”. Pour atteindre cet instant unique, où toute âme trouve son lieu, plonger le pinceau, haletant, insatiable, mélanger l’espace, la lumière, les êtres et le temps. Je monte, m’assieds. Ma nuque s’enfonce dans le skaï en un choc étouffé. Le monstre redémarre, soude les arrêts au sol, au ciel.

Plus de place entre les courses. Sur le dos de ma facture de gaz, j’écris : “Tu es oriel dans mon ciel bleu, ton vert tendre est lumineux. ” -”S’il te plait, entre maintenant !”- Je condense sur la vitre du retour, quelques gouttes gagnent mes yeux. Dans le sabord désencadré, l’explosion du phosphène comme une vérité… Transpercée, je m’ajoure, cathédrale d’alcôves secrètes, emplie de ton souffle.

Je, écris encore : Ne pas oublier que le noir porte, royal, la profusion des couleurs de la vie. Est il sombre? C’est qu’il vous pose ici. Est-il cerne ? C’est qu’il désigne, définit. Un tout s’effondre, un autre en jaillit. Je pense enfin : “Tu plongeras en toi. Et dans ton secret, tu berceras celui de l’autre.”

Peau retournée tendre en mon fortin, chaos intérieur, bouleversée, je marque ces derniers mots : je te choisis. Mettre une fleur à mon échancrure, et dans la loupe de sa rétine, voir soudain notre univers en expansion.

Courses rangées, j’égrène ces mots : plongé, humé, parfum subtil, mon cerisier, mon amour, fleurs encore en boutons. Et à ce moment où je m’élance, coeur dedans-dehors, ivre, hors du cadre, les voilà qui s’ouvrent. Maintenant, je souris : “Je ne fuyais pas, alors que je me penchais à ma fenêtre, j’ai trouvé la beauté”.

FLO H.

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Tiers Livre (http://www.tierslivre.net/) et Scriptopolis (http://www.scriptopolis.fr/) sont à l’initiative d’un projet de vases communicants : le premier vendredi du mois, chacun écrit sur le blog d’un autre, à charge à chacun de préparer les mariages, les échanges, les invitations. Circulation horizontale pour produire des liens autrement… Ne pas écrire pour, mais écrire chez l’autre.

Pour ce dixième vase communicant, j’ai un plaisir tout particulier,  un bonheur immense, celui d’accueillir les mots de Flo H. sur mes flâneries… Cet éloge de l’ombre… cette liste de courses… cette lumière qui survient… cette rencontre… Déjà, un moment, une éternité, que lire de Flo, les mots, sur ses blogs ailés, voir ses images si travaillées, partager et échanger sur l’art (liens à suivre pour faire éclore yeux), se rendre compte des chemins communs, et puis, mais chut, silence. Elle me fait la joie de publier mon “Dis-moi, Spinoza, y a t-il autre chose que La Joie ?” sur ses Jardins d’été comme d’hiver. Bienvenue ici, chère Flo… Silence.

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La cuvée des vases d’Octobre est ci-dessous :

Naomi Fontaine http://innutime.blogspot.com/  et François Bon http://www.tierslivre.net

Martine Sonnet http://www.martinesonnet.fr/blogwp/  et Cécile Potier http://petiteracine.net/wordpress/

Guillaume Vissac http://www.fuirestunepulsion.net  et Benoît Vincent http://www.erohee.net/ail/chantier

Anne Savelli http://fenetresopenspace.blogspot.com/  et Christopher Sélac http://christopherselac.livreaucentre.fr

Danielle Masson http://jetonslencre.blogspot.com/  et Justine Neubach http://justineneubach.fr/

Jeanne http://www.babelibellus.fr  et G@rp http://www.lasuitesouspeu.net

Camille Philibert-Rossignol http://camillephi.blogspot.com/  et Christophe Sanchez http://www.fut-il.net/

Elise http://mmesi.blogspot.com/  et Ana NB http://sauvageana.blogspot.com/

Flo H. http://jardinsdetecommedhiver.tumblr.com/  et Franck Queyraud(Silence) http://flaneriequotidienne.wordpress.com/

Céline Renoux http://lafilledesastres.wordpress.com/  et Christophe Grossi http://kwakizbak.over-blog.com/

Dominique Hassemann http://doha75.wordpress.com  et Piero Cohen-Hadria http://www.pendantleweekend.net/

Pierre Ménard http://www.liminaire.fr/  et Jacques Bon http://cafcom.free.fr/

Radio Marelle http://www.liminaire.fr/  et Starsky http://www.starsky.fr

Candice Nguyen http://www.theoneshotmi.com/  et Daniel Bourrion http://www.face-terres.fr/

Juliette Mezenc http://motmaquis.net/spip.php?rubrique5  et Nicolas Bleusher http://nicolasbleusher.wordpress.com

Isabelle Pariente-Butterlin http://www.auxbordsdesmondes.fr/  et Laurent Margantin http://www.oeuvresouvertes.net

Mahigan Lepage http://mahigan.ca  et François Bonneau http://irregulier.blogspot.com/

l’autre je http://lautreje.blogspot.com/  et G Balland http://presquevoix.canalblog.com/

Christine Jeanney http://tentatives.eklablog.fr/  et Maryse Hache http://semenoir.typepad.fr/

Frédérique Martin http://www.frederiquemartin.fr/category/mon-carnet/  et Francesco Pittau http://maplumesurlacommode.blogspot.com/

Christine Zottele http://etsansciel.eklablog.com  et Xavier Fisselier http://www.fisselier.biz

Marie-Anne Paveau http://penseedudiscours.hypotheses.org/  et Jérôme Denis de Scriptopolis http://www.scriptopolis.fr/

Marlene Teyssedou Tissot http://monnuage.free.fr/  et Vincent http://mapoesieetpaslatienne.blogspot.com

Christine Leininger http://les-embrasses.blogspot.com  et Anne-Charlotte http://feenmarges.blogspot.com/

Mu LM http://l-oeil-bande.blogspot.com/  et Perrine Le Querrec http://entre-sort.blogspot.com/

Pierre Chantelois http://lesbeautesdemontreal.com/  et Brigitte Célérier http://brigetoun.blogspot.com

Dire à haute voix le texte écrit


Dire les textes pour entendre leurs musiques : comme ce qui est tactile, la part sensible se dégage très clairement dans le rythme comme une respiration.

Exactement comme cela est. Ou ressenti, plus précisément.

Lire à haute voix. Partager nos jubilations.

Quand écrire, entendre une autre voix dans écouteurs. Voix intérieure naviguant dans flux et fils des réseaux du grand nuage.

Nuées. Et cette fleur qui pousse chaque jour prend le temps, son temps. Le texte croit de la même manière…

Mais c’est une autre histoire qui commence et celle-ci n’a pas de fin.

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Silence

et des mots entremêlés en italiques de la voix…

La joie

Elle est arrivée là, sans prévenir, sans se gêner, avec des prévenances qui n’appartiennent qu’à elle. Elle a tout envahi. La joie. Et de groggy, vous vous êtes habitué. Vous l’avez invitée à rester. Elle était bien là. Vous étiez bien là avec elle. Vous vous êtes attaché.Vous vous êtes demandé pourquoi vous ne l’aviez pas invitée avant. On est parfois à mourir de soif près de la fontaine. Alors, une fois chez vous, elle n’a plus voulu partir. Et puis, vous, parce que vous n’êtes pas d’un tempérament contrariant, vous l’avez installée. Accueillie. La joie. Et ma foi, vous ne l’avez pas regretté.

Silence