Çà a commencé là : on ne sait pas vraiment quand. Elle était là, debout dans la pièce. Elle s’est mise à souffler, à cracher, recracher tout le noir de son âme. C’est sorti d’un seul coup. Çà ne s’arrêtait plus. On s’est vite retrouvé au milieu d’un nuage couleur charbon. On n’y voyait goutte. C’était étrange, on essayait de toucher ces volutes envahissantes, mais, avec nos mains, nous n’attrapions que le vide. On a tenté d’ouvrir la fenêtre. Mais, elles ne s’ouvraient plus. On a réussi à ouvrir la porte, enfin, et sortir dehors. Mais, cette brume opaque avait déjà tout envahi, a rapidement caché tous nos horizons, enfumé nos bronches et enrhumé nos esprits. De contaminer nos regards, cela ne lui a plus suffit. Alors pendant que ces funestes trainées s’échappaient de sa bouche, simultanément, on entendit des mots de la même noirceur. La radio s’était allumée. La télévision, également. On était sous son emprise. Nous marchions sans buts, nous étions comme, somnambules, comme, captivés, par ces visions noires et ses éructations verbales. Le rire n’était plus de mise. Encore moins le sourire. Elle, elle était toujours dans la pièce, ne s’est plus arrêtée de souffler, de cracher son désespoir, ses billevesées, ses craintes et ses errances. Et nous avons tout aspiré en apprenant son nom. Elle, elle s’appelait époque et elle était nihiliste. Et ne savait plus pourquoi. Et nous, non plus…
Silence
Faire signe : journal quotidien jubilatoire en 200 mots ou quelques… : 65
